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« Siegfried » de Harry Mulisch (auteur Néerlandais)
Comment appréhender Hitler ? La fiction seule peut-elle nous aider à comprendre cette énigme du mal absolu, comme l'affirme le grand romancier Rudolf Herter lors d'une interview à la télévision autrichienne ? Quand Julia et Ullrich Falk le contactent après avoir entendu ses propos, et ils lui révèlent qu'ils ont élevé le fils du Führer et d'Eva Braun, ses convictions vacillent. Car les Falk ont été domestiques au Berghof, le refuge bavarois de Hitler, et lui font le récit non seulement de la vie quotidienne dans l'entourage de Hitler, mais surtout les circonstances dans lesquelles ils se sont attachés au petit Siegfried, jusqu'à ce qu'un ordre venu de Berlin leur demande l'inimaginable. Ce lourd secret qu'ils ont gardé toute leur vie, ils le confient maintenant à Herter. Complètement abasourdi, entre fiction et réalité, ce dernier cherche une réponse?
« Siegfried » est un roman audacieux, haletant, qui porte la marque de cette interrogation philosophique sur l'Histoire et les origines du mal qui traverse toute l'?uvre de Mulisch. L'originalité du propos appuyée sur une érudition peu commune et un talent de conteur exceptionnel, tout cela fait de « Siegfried » un vrai coup de maître.
Un livre étrange, une sorte de pari dangereux dont l'auteur s'en tire avec maestria. On entre avec lui dans le quotidien à peine anecdotique d'un écrivain à succès qu'une rencontre avec un couple énigmatique plonge dans le mal absolu : un mal sans limite qu'il s'évertue à explorer à fond.
On est entraîné doucement vers des questionnements philosophiques, oniriques, sur le mythe hitlérien, sa non humanité.
J'ai peu apprécié la banalité de cet homme médiatisé mais sa confrontation avec l'horreur gagne en intensité. Ainsi les précieuses suppositions psychanalytiques qui en découlent prennent toutes leur démeusure.
Ce n'est pas un livre très facile, malgré une longue partie d'introduction simple sur le personnage de l'écrivain, car la dernière partie relative au travail de l'auteur sur le témoignage des Falk ébauche une appropriation quasi maladive du personnage Hitler et de son mythe, et les analogies que Herter en retire avec sa propre culture et ses connaissances ne sont pas appréhendables de prime abord.
Mulisch entrouvre des abîmes qu'il maîtrise parfaitement mais dont l'aperçu n'est guère reluisant pour la culture européenne, en bref une forme de vérité que l'on n'exprime jamais et où il ose plonger et les mains et l'esprit.
Ce n'est pas un travail de mémoire mais une réflexion sur l'extrême.
L'histoire d'un monstre, bien sûr, mais de ses engeances aussi.
Le seul reproche que j'y ferai est d'avoir peut être trop voulu montrer la normalité de son personnage (Herter), une évidence, et d'avoir appuyé le trait dessus. Mais ce livre atteint une apothéose dérangeante.
A déconseiller de manière générale (la traduction n'arrangeant en rien je trouve le début du récit) car il est au final très complexe d'en tirer ses propres conclusions, mais un lecteur averti en valant deux certains y trouveront la synthèse assez exceptionnelle d'un raisonnement hors du commun sur le paroxysme outrancier de l'horreur que l'humanité éprouve contre elle-même.
Once, je retourne à mes Oui-Oui moi après...
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"In the Beginning there was Light, but then followed Darkness.. "
"Do you know what ?nemesis? means ?? ?A righteous inflictions of retribution manifested by an appropriate agent?. Personified, in this case, by an horrible cunt : me."
"Je crois que vous m'avez mal sous-estimé" George W. Bush
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