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> Hérésie, "pour se mettre tout le monde à dos"
Once upon a time
post Apr 30 2004, 10:54 PM
Message #1


Boule de poils


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Ce qui suit est un texte que je tire de mes souvenirs "antiques" des textes de la première édition de Space Marine, d'Adeptus Titanicus et des vieux White Dwarf qui ont fait ma prime jeunesse. Il n'y a rien de tout à fait officiel et j'y mèle un peu tout plein de sources d'époques différentes et d'innovations personnelles.

Niveau background je suis prets à faire des mea culpa d'avance sachant que tout n'y est pas inventé non plus.

(roulements de tambours...)

Acte 1:

La grande baie vitrée encadrait un monde inconnu perdu à des milliers d’années lumière du berceau de l’humanité, flottant dans l’espace, fragile et splendide planète aux vastes océans, aux continents riches en couleurs sur lesquels passaient des moutons blancs indolents, silencieuse et féerique réplique de ce que fut un jour Terra.

Le vaste pont de commandement du cuirassé Veritas résonnait des ordres murmurés, des pas glissants des serviteurs et des déclics des grands ordonnateurs et calculateurs semi automatiques de l’Adeptus Mechanicus, sous l’œil averti du contrôleur de bord. Logés au pont supérieur, dans leurs cellules individuelles, nous surplombant de quelques mètres, les Navigateurs se détendaient après le long et tumultueux voyage au travers de l’Immaterium.

Allagen me regarda, attendant que je lui donne l’ordre de lancer la flotte en avant de ce monde qui s’était isolé des préceptes de l’Empereur.

Tout autour de nous, tout autour de moi, les dizaines de frégates, les destroyers d’escortes, les croiseurs de batailles gonflés d’orgueils et de victoires, les transporteurs et les deux terribles barges de combats attendaient, eux aussi, un simple mot de ma part, un seul geste. Partout les équipages s’agitaient, fébriles, comme avant chaque combat ; les troupes d’assauts préparaient leurs armes en priant ; les canonniers faisaient pivoter leurs tourelles, laissaient glisser les torpilles dans leurs silos, enclenchaient les dérivations des moteurs à fusion, les batteries de lasers accumulant l’énergie formidable, luisantes, presque, dans la pénombre permanente qui envahissait les bâtiments de guerre alors que des générateurs secondaires peinaient pour réalimenter les réseaux électriques.

Les lumières du pont faiblirent un court instant avant de reprendre leur froide intensité.

« Seigneur et Père, me murmura t’il, la flotte est prête. » Il n’y avait dans sa voix aucune marque de peur ou de fierté, seule y transparaissait l’implacable habitude de plusieurs siècles de guerre. Je l’enviais presque, j’enviais ses certitudes, j’enviais un peu de son inconscience aussi.

« Nous attendrons encore 12 heures, frère capitaine, faites le savoir par ultimatum aux dirigeants de ce monde, qu’ils apprennent la magnificence de Son pardon, et qu’en ces mots ils entendent Sa sagesse. Que cela soit écrit et que cela soit accomplit ! » D’un seul regard d’Allagen un scribe disparut dans les ombres glacées du cuirassé, emportant ses notes pour les traduire et les envoyer à ces fous qui s’étaient crus libre de narguer Son autorité.

Je me retournai vers mon escorte. Quatorze sombres masses d’acier et de céramite, sous lesquelles pulsaient les cœurs les plus dévoués et les plus courageux de toute mon armée, se dressaient en demi cercle. Leurs âmes pures faisaient vibrer un halo de puissance contenue que moi seul ici pouvait percevoir. Et cette puissance devenait violence aveugle et soif enragée en combat. Détestable empreinte de la folie de la Grande Croisade.

La méticuleuse reconquête des territoires humains voyait se former le plus grand de tous les empires, il allait s’étendre jusqu’aux plus obscures limites de cette galaxie, partout où l’homme, des millénaires auparavant, avait jugé bon de s’installer.

Et je participai plus que nul autre à cela.

« Le Maître de Guerre quitte la passerelle ! » Le garde en faction fit son annonce alors que je me dirigeai vers les couloirs qui menaient à mes appartements. Tous se raidirent en faisant le geste coutumier de salut, s’interrompant dans leurs œuvres, me regardant passer suivi de mon escorte avec dans les yeux une servitude muette.

Tout autour de nous, tout autour de moi, les artilleurs dés enclenchaient leurs systèmes d’armes, les canons s’abaissaient, le plasma refluait jusqu’aux accumulateurs de stabilisation, quittant leurs cibles ; les troupes d’assauts reposaient leurs armes ; les équipages mettaient en sommeil les moteurs de leur vaisseaux ; les Légions Space Marines sortaient des nacelles de débarquements. Quinze millions d’hommes relâchèrent leurs muscles tendus, et je savais au fond de moi que rien de tout cela ne durerait. Tout cela n’aurait qu’un temps.

Cet antique vaisseau avait traversé les époques, il était si vieux que nul être humain, pas même l’Empereur lui-même, ne connaissait son âge. Il avait voyagé plus que tout autre vaisseau de l’Imperium naissant, il avait amené mon Empereur sur bien des mondes avant qu’Il ne nous redécouvre, et Il m’en avait fait don. J’avais pour ce bâtiment une affection particulière, je lui faisais confiance, il était doté d’un arsenal capable de réduire une planète en nuée d’astéroïdes, de pulvériser des flottes entières à l’abri de ses boucliers et ses cales contenaient actuellement la moitié de ma Légion.

Je laissai mon escorte dans le couloir, profitant de ce calme qui précède toute tempête pour me reposer un peu. Le voyage s’était avéré éprouvant, bon nombre de Navigateurs n’y avaient pas survécus, la Nobilite devra en tenir compte dés que ce monde sera intégré à Son empire.

Je n’avais pas dormis durant ces trois dernières semaines et tout juste avais je pris quelques dîners avant de retourner devant les états majors. Fermant les yeux quelques minutes je senti une partie de mon esprit se détacher de la réalité alors qu’une autre restait attentive au moindre bruit, grincement, frottement du Veritas. Je m’endormais comme à l’accoutumer le corps prêt à répondre à la moindre alarme, allongé sur mon lit, me détendant enfin.

« HHhhhh… » M’éveillant soudain je faisais décrire à mon bolter un arc précis vers la source de ce sifflement.

« HHhhhoorus… » Ma cellule n’était pas très grande, j’avais refusé de prendre les quartiers impériaux qu’Il s’était fait aménagé, mais jusque dans les plus petites ombres je ne décelais rien.

« Horus ? Hhorrusss… » Ce n’était pas une, ni deux, ni même plusieurs voix, mais un sifflement lointain qui me parvenait de partout et de nulle part, un souffle de vent qui semblait frémir dans ce vague échos de mon nom.

« Qui va là ! Qui êtes vous ! » La porte de ma cellule s’ouvrit, la lumière du couloir pénétra dedans mais cette lumière n’était pas celle que je connaissais, et mes gardes ne ressemblaient que vaguement aux hommes que je connaissais, même ce halos qui les entoure habituellement avait une teinte glacée aux abords ocres dont je ne me rappelais pas.

« HORUS ! » Je fis volte face devant les hublots teintés familiers, et de nouveau je me retournais. Ils étaient là, semblable à eux-mêmes, impassibles mais l’arme prête.

« Ce… ce n’est rien. Laissez moi. » Ils ressortirent tous sans omettre de jeter un coup d’œil dans la cellule, les lourds casques de leur armure pivotant silencieusement de droite à gauche et de gauche à droite, d’une manière absurde et mécanique, presque comiquement.

Une fois seul je me laissais aller sur le fauteuil doublé de la fourrure d’une de ces bêtes de Frakid : celui-ci ploya quelque peu sous le poids conjugué de mon corps et de l’armure d’apparat. Dans mon dos un filet de sueur finissait de couler entre ma peau et la couche de blindage dermique. Je me sentais glacé de peur et de fatigue, le cœur battant la chamade et les yeux emplis de traits de lumières fins et éphémères.

Que m’arrivait t’il ?

La réponse à ma question ne viendrait que plus tard, beaucoup plus tard et je m’en doutais déjà. Je souriais en songeant que je ne serai peut être même plus en vie lorsqu’elle se dévoilerait, mais ce n’était pas cela qui laissait au plus profond de mon être les accents sordides de la terreur, non, c’était l’importance de cette réponse, je le sentais, je le savais.

Une heure durant je restai ainsi, concentré sur le mystère qui depuis des mois, des années, entourait le moindre de mes gestes, de mes décisions, de mes faits et de mes résultats.

Mes rêves même n’avaient pas le tissu du rêve, mes origines n’avaient pas les certitudes simples de la vie humaine, mon corps et mon âme ne m’appartenaient pas : je laissai glisser la paume de ma main contre le métal froid du Veritas, je le savais froid sans même le sentir.

Un rire irrépressible me monta à la gorge.

Le Veritas. Mais il n’y avait aucune vérité dans le sillage de cette formidable machine de guerre, seuls des mondes et des systèmes brûlaient à son passage, les cris inaudibles de milliards d’êtres humains emplissaient les traînées résiduelles laissées par ses moteurs millénaires, la tragédie de la Grande Croisade c’était cela aussi, l’intolérance et le désespoir, quand ce n’était pas la mort, tout simplement.

Je savais qu’Il n’approuvait pas vraiment ce qu’il advenait des récalcitrants, mais c’était en Son nom que tout cela se produisait : l’Imperium, Son Imperium, nous le construisions tous sur des cendres et des os, de Russ à Angron, de Dorn à Mortarion, de Khan à Fulgrim, de Magnus à El’Jonson chacun des vingt Primarques y allait de sa méthode pour assagir, asservir, des peuples jusque là insouciants.

Chaque Légion accompagnait Son ombre sur la galaxie selon ses dogmes et ses concepts, des idéaux grandioses accomplis par la froideur guerrière et dans les sanglants écarts des résultats de manipulations génétiques douteuses.

Je forgeais par le feu une loyauté servile, inhumaine, digne des relents de l’Histoire que nous avaient légués les Ages Sombres et ceux précédents encore l’Ere des Luttes.

Je me sentais écartelé par les doutes et les sombres pensées quand Allagen passa la porte de ma cellule.

« Laisse moi seul… » Murmurai-je.

« Un émissaire de cette planète désire s’entretenir avec vous, Seigneur et Père. » Je décelais de l’appréhension dans sa voix.

« Et bien parle donc Allagen, je ne t’ai pas fait frère capitaine et secrétaire de mon état major pour rien. J’aime à entendre tes suggestions. » Il referma la porte derrière lui et s’approcha de moi. Son armure aux ornements glorieux luisait dans la pénombre dont je m’étais entouré.

« Je n’ai pas confiance, Seigneur et Père, je ne sais pas de quoi il retourne exactement mais je crains que quelque chose ne se déroule pas comme nous pourrions les prévoir. » Il ne disait pas tout, je devinais à son regard troublé qu’il n’osait pas me dire quelque chose.

« Sois franc ou sors d’ici. » Il se racla la gorge, manifestement mal à l’aise.

« J’ai fait des rêves, Seigneur et Père, des rêves sinistres et plein de peine, de souffrance, des rêves où il est question de ce monde, de cette planète qu’ils nomment Kollato-Zaris, et de la venu d’un homme… » Il accompagnait ses paroles de gestes de la main vers la porte. Je riais à gorge déployée, interrompant Allagen, qui parut déçu de ma réaction, blessé même.

« Mon pauvre Allagen, que me dis tu là ! Et dans tes rêves me vois tu mort ? Me vois tu agonisant ou débilisé par je ne sais quel sort que ne manquera pas de me lancer cet émissaire ? Allons, Allagen, ce ne sont que des rêves et je t’assure que j’en fais aussi, des moins tortueux et des moins précis, certes, mais je n’y prête aucune attention, fais donc de même ! » Je mentais, je mentais et je ne pouvais me l’avouer, préférant rire de plus belle devant le visage décomposé de mon fidèle fils. Les rêves qui habitaient mes nuits étaient sordides et terrifiants et malgré la solidité de ma logique je ne pouvais que me laisser envahir par eux. A tout moment, du réveil au sommeil, à chaque seconde même, je ne pouvais m’en défaire assuré que tout cela arriverait, jusqu’aux plus parricides cauchemars.

« Va donc au Sanctuaire en parler à un Chapelain, il t’aidera mieux que moi, je n’en doute pas ! Mais si cela peux te rassurer je ne resterai pas seul avec cet homme, ma garde au complet sera avec moi, m’entends tu ? Pars donc et prends un peu de repos, manifestement je t’en ai demandé peut être un peu trop depuis quelques temps. » Il sortit en hochant la tête, le visage fermé.

Quelques minutes plus tard j’appelai Abaddon pour qu’il prépare mon escorte à rejoindre la barge de combat et accueillir l’émissaire.

Kollato-Zaris, ce monde binaire à la lune artificielle quasi invisible, allait se soumettre, comme tant d’autres, et ce ne serait qu’un jeu d’enfant.

Je laissais un de mes serviteurs enclencher les sécurités de mon casque avant de monter dans la frégate infra système, ma vieille armure Terminator, un autre de Ses dons, répondit à chacun de mes mouvements. Je quittai les lumières du Veritas l’esprit peu tranquille, incertain que j’étais de revoir le vieux cuirassé. Abaddon m’offrit son bras pour monter les quelques marches qui nous séparaient de la passerelle. Il eut ma gratitude. Pour la dernière fois.



L'Acte 2 est en préparation alors dîtes moi: stop ou encore?


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post May 3 2004, 03:24 PM
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Boule de poils


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Acte 2 :
Je ne sais plus comment cela a débuté, je ne veux peut être pas le savoir, en comprendre toute la sinistre signification, préférant sans doute l’ignorance à l’intolérable vérité.

Cela parait remonter si loin, cela parait faire partie de moi, depuis ma naissance peut être, avant même. Je n’ose plonger mon regard dans les ténèbres permanente dans lesquelles nous plongeons insidieusement, chaque seconde égrenant des serments lancinants d’allégeances et de servitudes, les maîtres passant esclaves, les esclaves devenant les maîtres.

La terreur et l’oubli habitent chacune de mes pensées, je trace une ligne de sang sur des centaines de mondes, emportant dans des moments de démence froide et réfléchie les vies et les âmes de millions, de milliards d’êtres humains, sans en prendre la mesure.

Je regarde chaque planète comme un objectif, chaque soldat comme une arme ou une victime, chaque peuple comme un frère ou comme un ennemi selon une logique qui m’était inconnue jusque là, selon un tracé absurde et inexorable. Je ne dort plus, je ne mange plus envahit d’une rage, d’une haine qui me dépasse et me retient à la vie. Je me regarde pénétrer plus encore dans la trahison et la jalousie, des mots que je ne m’étais jamais appliqué, des mots dont la simple formulation m’a toujours fait frémir lorsqu’ils qualifiaient un autre homme, et c’est cela que je suis devenu, un autre, un inconnu.

En faisant le voyage inverse de l’expansion je vois se dessiner une nouvelle Grande Croisade, un reflet imparfait et assassin, sombre et hystérique de Son Imperium.

Les voyages dans l’Ether sont plus rapides, plus étranges. Ma flotte, toute mon armée se dirige aujourd’hui vers le cœur autrefois adoré et désormais méprisé de Son pouvoir. Les Navigateurs furent les premiers à périr. Certains membres de mes Légions ont disparus pour porter à la connaissance de l’univers ma défection, je n’ai rien fait pour les en empêcher, bien sûr, car j’ai toujours préféré rencontrer un adversaire avertis plutôt que de le détruire sans qu’il sache qui lui faisait subir tant de tourments. Des mondes entiers se sont tournés vers moi, d’autres contre moi, d’autres encore se battent toujours pour décider de leur sort.

De partout sont venus les prophètes et les mendiants, les fous et les malades, les dépravés et les suicidaires, les meurtriers et les mutants. Je les ai accueillis, je les ai nourris, je les ai maudis. Nos corps se sont lentement transformés, nos âmes se sont dévoyées, nos armes nous ont communiqués leur soif de sang, nos armures se sont soudées à notre peau en nous susurrant des paroles impies, nos victoires nous ont embrumées l’esprit et chaque pleur, chaque cri est devenu l’essence de notre vie.

J’ai regardé mes enfants dépérir et renaître, j’ai observé leur regard et y ai rencontré la fatalité et l’abandon, ceux de mes frères ont acquis dans des cultes obscurs des savoirs, des certitudes et s’y sont baignés sans songer à leur proche déchéance, insensibles aux meurtrissures causées à leur chair par des maladies absurdes et soudaines, inconscients de l’innocence et du crime, insouciants dans leurs plaisirs torturés : les Thousand Sons, la Death Guard, les World Eaters, les Emperor’s Children. Je les ai tous mené avec moi sur les voies de la damnation, me drapant de la sombre gloire de mes chers enfants, mes fidèles parmi les infidèles, mes gardes parmi les traîtres, les Lunar Wolves, les Sons of Horus, ceux dont le sang charriait un peu de mon sang, ceux dont l’âme partageait un peu de mon âme, ceux dont les serments étaient nés de mes propres serments, ceux enfin qui me suivaient le plus aveuglement, bercés d’illusions et de mensonges.

Le Warp est encombré de tempêtes ardentes et de souffles glacés, d’esprits perdus dévorés de remords et de tristesse, de démons pathétiques et gigantesques, de gerbes multicolores aux yeux aquilins et aux griffes improbables, d’une pourriture informe aux miasmes visibles gonflée de spasmes internes et de putréfaction éclose, de fleuves de sang s’écoulant de montagnes de crânes sur lesquels des trônes d’airain renferment l’image ricanante d’une bête insatiable, de fantasmes innommables et graciles pénétrés de souffrances et de délices, Eux, les autres Dieux, Tzeentch, Nurgle, Khorne et Slaanesh à qui je rendais un vague hommage quand d’autres ne juraient que par eux, dont je me méfiais et en qui je voyais les moyens de changer l’univers et d’en être le seul maître.

Les combats qui eurent lieu, ont lieu et auront à jamais lieu voient s’opposés le frère au frère, le fils au père, la mère à la fille, toute l’humanité se retourne contre elle-même dans un flot de violence sans bornes, irrépressible, l’anarchie gagne la raison de l’homme, le pouvoir envahit ses sens et ses paroles, je participe à cela plus que nul autre. Et j’entends par delà les murailles déformées et vivantes de mon vaisseau l’intolérable rire des Dieux, les démons nous traversent comme si nous n’étions pas nous laissant à l’âme un sentiment de perte et de grandeur, une sensation de brûlure et de gel, mais je reste serein devant le déchaînement de mon hérésie car tout cela n’a qu’un but, une ultime destinée, et j’empreinte sans angoisse les dernières heures de ma vie, les derniers jours insondables de ténèbres, au fond je reste le même, à peine changé, conscient de ce que je suis devenu, de la profonde douleur que je Lui cause.

Mes frères Primarques, comme moi créés par les besoins de Son rêve, pour l’hégémonie humaine, combattons dans des camps et des optiques opposés, incertains de l’avenir et nous déchirant pour la création d’une nouvelle humanité, que ce soit la Sienne ou la mienne, et nos fils Space Marines s’entretuent dans la haine et le mépris, alors que nous étions côte à côte en des temps meilleurs et plus simples.

La formidable puissance de l’Imperium s’est retournée contre l’homme, l’inertie de la trahison pousse les faibles à choisir leur destin, et je constate que certains défaillent devant ce choix. Ce n’est plus le temps du doute mais celui des luttes fratricides et des sanglantes remises en cause.

J’ai vu les Légions Titaniques, les régiments de la Garde, les forces planétaires, les défenses orbitales, les escadres de la Flotte et les Légions Space Marines s’affronter sur tant de mondes à la fois, dans tant de lieux différents que je n’ai nulle appréhension sur le devenir de tout cela, les soubresauts de l’Imperium agonisant ne sont que la preuve de la nécessité d’une telle saignée, mais c’est moi, Maître de Guerre, Pair de l’Imperium et Grand Conseiller de l’Empereur qui tient et le stylet et la soucoupe.

Notre voyage arrive à son terme.

Le Système Solaire se dessine dans la tache noire où s’engouffre mon vaisseau, chaque planète passe à côté de nous alors que nous entamons la décélération. Nous quittons l’Immaterium peuplé de souvenirs angoissants, ce lieu qui n’est pas, où rien n’est, le coeur plein de joies malsaines et inexplicables.

Je tourne les yeux, cherchant inconsciemment le visage d’Allagen parmi ceux de mon escorte, mais je ne trouve que ces formes vides et envenimées qui se disent mes serviteurs avant de croiser le regard d’Abaddon, son assassin, dont j’ai fini par accepter l’allégeance. Les yeux du chef de mon escorte me rendent ma surprise avant que je ne les quitte pour scruter l’espace devant nous.

La voici, belle comme au premier jour, traversant l’obscurité dans sa course immuable et concentrique, la cible, la dernière cible. Terra.

Le siège de Son pouvoir, la terre qui lui a donné la vie. Terra… où le sort s’était déjà décidé.

L’un des psykers de ma suite murmura une parabole antique.

« … et en ces temps de douleurs, il revint de ses lointains voyages, apportant enfin à sa famille, à son père éploré la joie de revoir son visage et toute la ville fêta le retour de l’enfant prodigue… » Abaddon le prit à la gorge et en déchira chaque tendon malgré ses cris et ses coups désordonnés avant de le jeter à mes pieds.

« Un oiseau de mauvais augure. » Crut il nécessaire d’ajouter.

« Non, Abaddon, ce misérable avait raison en une chose : le père est bien en pleur. » Sans même le regarder je su qu’Abaddon ne comprenait pas cela. Qu’il ne comprenait plus rien d’autre que la violence et le feu.

L’Imperium se réduisait à cela, à une dernière bataille menée par des fous et des aveugles.

La flotte se positionnait en orbite, quelques dizaines de croiseurs, le fleuron de mon armée, en cercle autour de ma barge de commandement, terminant leur course en stabilisant par contre poussées successives leurs masses déformées par les étranges soins des forces obscures. Les cales des gros porteurs et des escorteurs secondaires contenaient des centaines de milliers de Space Marines, des régiments entiers de gardes et des escadrons des Légions Titaniques qui s’étaient jointes à moi.

Parmi celles-ci la Legio Mortis attendait fébrilement l’heure du combat et j’entendais venant de loin, aux travers des dizaines de ponts qui m’en séparaient, les raclements de l’acier des machines vivantes contre les parois de la barge. Les Titans voulaient en finir, sortir des immenses cages où je les avais fait enfermer, se libérer des chaînes avec lesquelles je les maintenais à mon service : ces constructions maudites que j’avais cru laisser mourir sur Istvan III.

Cette planète avait désespérément tenté de m’arrêter.

Une salve de torpilles chargées en agents pathogènes s’était déversée sur le monde à mes yeux rebelle, la Legio et quelques éléments Space Marines étaient encore là lorsque les maladies minutieusement élaborées y avaient propagé la mort et la fièvre, mais contre toute attente 475 membres d’équipages avaient survécus et les Titans de classe Warlord s’étaient adonnés à des danses morbides dans les cités dévastées.

De ce premier acte était né l’horrible Legio, ses machines de guerre devenant jour après jour plus étranges et malfaisantes, les maladies rongeant comme des acides noirs leur coque, fondant et la chair des équipages et l’acier épais de leur blindage.

Je les avais pris avec moi, confondant l’abomination et l’art de la guerre, le sinistre blasphème et le potentiel militaire. J’avais donné à la face de l’Imperium la première manifestation des forces terribles qui jouaient avec moi et les miens.

« Abaddon ! » Il s’approcha de moi.

« Maître et Père ? » Je détestai ce misérable. Je l’avais toujours détesté, il n’était qu’un pâle reflet dans lequel je ne m’étais jamais perçu, le plus obscur de mes hommes.

« Regardes, Abaddon, regardes et apprends. Vois ces scintillements par delà l’orbite lunaire, ces milliers de flambeaux ridicules, voici Sa défense, la flotte personnelle de l’Empereur, l’Usurpateur. Il ricana bêtement, méchamment. Non, Abaddon, ne les sous estime pas, ils sauront se battre, crois moi. Je veux et j’ordonne, déclarai je aux serviteurs corrompus de l’Adeptus Mechanicus, que ma flotte se scinde en deux groupes équivalents de croiseurs et d’escorteurs, je veux et j’ordonne que le premier de ces groupes parte vers Mars y soutenir la rébellion. Je veux et j’ordonne que le second de ces groupes m’accompagne au plus proche de Terra. » J’attendais une réaction de la part d’Abaddon, mais il ne dit mot. Derrière moi Khaassen se racla la gorge.

« Parle Khaassen ! »

« Maître et Père, ils sont plus nombreux que nous, partir en deux groupes réduit nos forces… » Sa voix transpirait de terreur, il attendait que je lui ordonne de se suicider, qu’il paye sa prudence.

« Oui Khaassen a raison, nous serons moins nombreux. Mais ce que Khaassen ne sait pas car son cœur et son esprit sont la proie des doutes c’est que parmi ceux là, et je dirigeai l’un de mes bras vers les lumières lointaines, le doute aussi habite leurs commandants. » Un flottement suivi mes paroles, Abaddon lui-même tourna la tête vers moi.

« Ayez confiance. » Je fis jouer les rouages de mes griffes éclairs, refermant entre les lames pulsantes au rythme de mon coeur l’image de Terra.

Je songeai à ce qui allait advenir, aux visions qui m’assaillaient sans cesse depuis des jours, ne comptant plus les abominables méfaits qui avaient lieu partout dans Son Imperium, ni ceux qui allaient avoir lieu.

Des bordures au centre de la galaxie se propageait l’ère de la peur et de la folie, je jetai dans le but de la posséder l’humanité dans l’anarchie. La violence gouvernerai les mondes car l’Empereur ne connaissait pas l’homme comme je le connaissais, la terreur ferai force de loi car l’homme ne connaissait que cela, la faiblesse de croire en un age de prospérité par la seule religion serait bannie comme un simple rêve. Je balaierai pour les siècles à venir comme je balayais aujourd’hui d’un simple geste de la main le Système Solaire la poussière de Ses utopies.

« Hhoorussss… » Il me savait en route, et je sentais Sa peur et Sa douleur.



Alors' Stop ou encore pour l'Acte 3: à vous de choisir.

Ce message a été modifié par Once upon a time - Dec 22 2011, 06:21 PM.


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Corpse Eater   Génial! Le style est trés bon. Tu reprend une ...   May 12 2004, 10:18 AM
Once upon a time   Merci Corpse Eater! Pour ce qui est des comba...   May 12 2004, 12:01 PM


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