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Alors, il vint, l'ange noir, le rebelle, Et de sa bouche s'échappa un unique son Inconnu, jamais prononcé, surnaturel Ce son que tous avaient oublié : non ! Car il n'y avait pas de négation Au royaume éternel.
Et, par milliers, ivres, ils crachèrent Leur soif de liberté à la face du père, S'organisant en cohortes vengeresses, S'abîmant en sombres promesses
Alors parla le rebelle Faisant miroiter les joies de la science Pour les souder dans un but immense, De défier l'Empereur Dieu en bâtissant Babel
Histoire de la majesté de l'espèce humaine, genèse I.VI
Ou était il ? Qu'était il ? Ou en était il ?
Tant de questions aux réponses nombreuses et horribles. Il arrivait à celui qui avait été Thumiel de s'en rappeler. Parfois, en des lieux qu'il se refusait d'évoquer, après avoir commis des choses trop affreuses pour s'en rappeler, il s'arrêtait, et dans ses yeux voilés revenait, l'espace d'un instant, la lueur qui avait autrefois séduit les chapelains des Sword of Emperor.
Il n'était pas mort.
En se concentrant, il pouvait parfois écouter le battement de son c'ur. Il s'accrochait à cette pensée, alors qu'il se laissait porter par les cohortes de Night Lord sur le fleuve de la damnation. D'une façon ou d'une autre, il avait survécu. D'une façon ou d'une autre. Alors ses cauchemars revenaient. Il voyait des hommes et des femmes s'écrouler sous sa poigne, des gens qui durant ses excès de violence lui avaient paru monstrueux. Il était entouré de flammes, une ville brûlait. Il voyait la pierre se cloquer et fondre, il entendait des cris de détresse, il voyait des êtres sans défense brûler, des femmes violées avant d'être jetées dans les flammes, des enfant équarris sur des étals de boucher, des vieillards dévorés vivants par les oiseaux. Et lui, Thumiel, qui riait au milieu de tout cela.
Car tout cela était bon.
Plus tard, il se retrouvait sans savoir comment dans d'énormes cocons démoniaques, il sentait contre son armure le poids des chairs d'outre monde et de veines charriant des fluides immondes. Il sentait de douces caresses sur son visage qui le faisaient hurler l'instant d'après. D'autres fois il s'émerveillait des plaisirs du génie, sentait son âme enfler d'un amour inexprimé, se sentait investi d'une verve et d'une muse inconnue. Il aurait voulu composer des poèmes, ou lire de la philosophie. Puis il contemplait ses mots, et ne se souvenaient plus de leur sens. Sa nature était rebelle. Autrefois, il s'était heurté aux Chapelains, refusant d'être leur jouet. Alors, une ou deux fois, il se rebella, cherchant à découvrir qui il était ou avait été, ce qu'il faisait, qui le dirigeait. Et il lui semblait y parvenir, lorsque il s'effondrait dans la nuit, qu'il vidait son esprit et cherchait à repartir du début. Mais à chaque fois qu'il croyait se souvenir, que les mots traître et déchéance se formaient dans son esprit, alors il contemplait l'horreur de sa destinée.
Puis il fermait les yeux vaincu, et s'empressait d'oublier, de refuser de se souvenir, car il préférait de loin vivre dans le chaos perpétuel que d'affronter, pleinement, ce qu'il était devenu.
Et il retomba dans ses rêves amers.
Il tombait. C'était Sa chute. Oui, il se sentait tomber, dans un gouffre sans fond, loin, très loin de la pensée, loin des joies de l'existence. Il se trouvait face à une créature gigantesque, terrible, à la présence insoutenable. Un être divin, et il pouvait sentir les forces primitives de la création bouillonner, se tordre, onduler devant lui, à une vitesse et une puissance inimaginable. Il se sentait illuminé, fier, encensé d'être en présence d'une telle créature, puis terrifié à l'idée de lui faire face.
Lorsque elle lui parla, ce ne fut dans aucune langue que les mortels emploient, ni dans aucun langage parlé. Il lui sembla que le message était d'une clarté minérale, brute, comme si les informations forçaient son cerveau à les lire.
« _Caïn. »
Ce mot évoquait d'étranges souvenirs. Il essaya de s'en rappeler, mais l'image ne se forma pas. Il siffla, frustré. Il y eût un brouillard qui se déchire, et il vit des champs dorés à perte de vue, des éclairs au loin, un ciel d'un bleu violent qui agressait les yeux. Il reçut sur son corps les vagues d'une chaleur sèche, familière.
« _C'est bien. Continue. »
Il y avait un univers. Non, un monde. Des maisons de pierre blanche. Un trou d'eau. Son champ de vision fut recouvert d'éclats de lumières, féeriques, qui tournaient au bord de l'eau. Le trou d'eau des lucioles. Il s'en désintéressa, il ne voulait plus se souvenir, tout cela était si lointain.
« Caïn ! Tu dois te souvenir ! » « _Etes vous un dieu ? » demanda t'il, distrait, cherchant surtout à éviter la réminiscence de souvenirs douloureux.
Il sentit la créature bouger, se cambrer, et l'instant d'après son cerveau sembla brûler, imploser, quelque chose tentant de se forer un passage dans son crâne.
_Je n'ai pas de temps à perdre avec toi, Caïn. Tu dois te rappeler de ce que tu étais, de ce que tu as fait, de ce en quoi tu as cru. Tu t'égares, mon fils. Si tu refuses de faire ton introspection, je t'y forcerai. Et crois moi, tu souhaites que ce ne soit pas le cas. »
« Qui suis-je, alors ? » Rugit il « Ne pouvez vous pas me le dire, enfin ? Pourquoi m'obliger à me rappeler ? »
« Très bien. » Alors son univers bascula, il fut catapulté dans un orage psychique déchaîné, et là, tournoyant sur lui même au gré des pensées humaines, il revit l'intégralité de sa vie dans les trombes d'orages, de son premier hurlement à son agonie, sur le monde sans nom, devant le pc de campagne des gardes. Il se revit chasser les lézards au lance pierres avec Vane. Il se revit écraser le crâne de l'aspirant Cilk dans le dortoir. Il se revit courir vers le village, affolé. Il se revit, resplendissant sur le balcon du Théâtre Tau de Caneb, massacrant des guerriers de feu paniqués. Il se revit arpentant, accroupi, les jungles du monde sans nom, suivi par les gardes qu'il avait dupé.
Il se revit drapé dans toute sa félonie.
Alors il cessa, et considérant son existence, tout fut net et précis, et il comprit, enfin, ce qu'il lui restait à faire, ce qui l'attendait. Et d'un geste, il fit cesser la trombe démoniaque. Alors,il parla et sa voix enflait démesurément : « _Je suis Caîn, fils d'Hastur Paléone, et je n'ai jamais cessé de l'être. Tout ce qui est advenu depuis n'est qu'une perversion de mon destin. J'aurais dû mourir il ya plus de trois siècles, en temps que simple fermier. A présent, enfin mon voyage touche à son terme. »
Et la créature le considéra un instant, et dit : « Si tu veux t'affranchir de ce qui s'est passé il ya plus de trois cent ans, tu sais ce que tu dois faire. Tu seras mon nouveau Lucifer, mon porteur de la révolte, celui qui se dresse, et qui dit « non ». Il te faut construire Babel, et là, tu défieras ceux par qui ton destin a chaviré. »
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Croiseur de classe Murder « Slaves of Nostramo », espace cadien
Lorsque il ouvrit les yeux, le Night Lord était recroquevillé dans une alcove, enchaîné à la paroi, et une lourde silhouette le regardait en souriant. « _Mal dormi, mon frère ? Toujours les vilains cauchemars ? Tu as hurlé comme une femme pendant tout le cycle de nuit. » La voix du marine suintait un mépris abyssal, et chaque syllabe offensait Thumiel au plus profond de son être. « Je n'ai pas de leçons à recevoir de toi, Phélion. Tu?tu parles de choses dont tu n'as pas idée. » « Laisses tomber tes grands airs mystérieux, Thumiêêêêêl . » bêla le dénommé Phélion. Pour, moi, comme pour de nombreux disciples de Nostramo, tu restera toujours la misérable hyène impériale qui a sacrifié une dizaine des nôtres juste pour t'amuser à persécuter cette poignée de gardes impériaux. »
Thumiel soupira. Par saccades lui revenait des nausées et des envies de vomir. Il réprima un haut-le-c'ur. Il ne devait pas montrer sa faiblesse. Pas ici, pas devant Phélion. Il s'efforca de s'éclaircir l'esprit en regardant son interlocuteur. Phélion avait revêtu son armure complète d'un bleu nuit, et les éclairs stylisés peints sur son armure se lovaient, serpentaient entre les crânes d'airain et les moisissures verdâtres qui s'accumulaient dans les articulations. Perdue entre ses épaulières cloutées , vestige d'une armure qui avait protégé son porteur des drames de la Grande Trahison, la tête nue de Phélion était d'un blanc albinos, effrayant, une pâleur mortelle qu'aucune émotion ne venait jamais altérer.
Phélion détestait Thumiel. Ce n'était pas franchement une question de rivalité, de désaccord ou d'incompréhension. Ils se détestaient pour ainsi dire maladivement. Thumiel incarnait aux yeux de Phélion l'archétype du bambin arrogant dont sa légion s'encombrait parfois par un caprice du destin. Pour Thumiel, Phélion n'était qu'une brute sans sophistication, inculte, un abruti imperméable aux rêves et aux promesses du chaos, et qui ne méritait pas mieux que de finir berzerker de Khorne.
Dès son arrivée, le schisme avait éclaté au sein des Night Lords au sujet de Thumiel, il y avait ceux qui tenaient pour sacrée la pureté de la légion, ceux qui ne toléraient pas dans leur rangs un être qui n'aurait pas, comme eux, connu la douleur de l'exil et la ranc'ur de Night Haunter. Ceux là avaient été nombreux, et Thumiel avait fait l'objet d'une dizaine de tentatives d'assassinats. Ainsi abordait on les problèmes chez les Night Lord. La nuit, accroupi, furtivement, une dague à la main.
Heureusement pour Thumiel, il s'était trouvé en haut lieu quelque vétéran ou grand seigneur pour le prendre sous sa protection. Un quelconque élu de la légion avait apprécié les tourments infligés au gardes de Jouran, et la personnalité confuse du jeune renégat lui avait paru prometteuse. Et un matin, on avait retrouvé une dizaine de « traditionalistes », empalés sur les murs du couloir qui menait à l'alcôve de Thumiel. Ainsi réglait on les problèmes chez les Night Lords. La nuit, accroupi, furtivement, une dague à la main et une longueur d'avance sur les autres.
Le principal intéressé avait eu conscience de cette lutte d'influence, bien sûr. Quoi qu'il en soit, depuis ces évènements, ses opposants en restaient prudemment, à l'offense verbale, comme Phélion. C'était ce que Thumiel tenait pour acquis, jusqu'à ce qu'il remarque le pistolet bolter qui ricanait sinistrement dans la poigne gantée de Phélion.
« _Tu vas me tuer ? Tu tiens vraiment à ce que ce couloir soit richement décoré ? » Ironisa Thumiel en désignant de la tête les cadavres de ceux qui avaient essayé de l'assassiner, et qui pendaient toujours, pathétiques, derrière eux.
« _Je serai toi, je n'aurais pas trop confiance en mon généreux et mystérieux protecteur, gamin. J'ai vérifié en venant : il n'y a personne dans ces quartiers. » le sourire de Phélion se fit carnassier alors qu'il dirigeait son arme, mine de rien, vers Thumiel.
Celui-ci se raidit, banda ses muscles, tout en sachant qu'il n'avait pas une chance : épuisé psychologiquement comme il l'était, il ne résisterai pas a la brute en face de lui. « L'avantage d'être crétin »songea t'il , amer. Puis il sentit d'imperceptibles vibrations se répercuter le long des cloisons autour d'eux, el la plainte conjuguée du métal et des esprits démoniaques.
Phélion soupira, en rengainant son arme. « Dommage, tu y as cru un instant, hein ? Malheureusement, c'est pour une bonne raison qu'il n'y a plus personne ici et que je suis armé. Les augures ont repéré un navire des laquais de l'Inquisition, et nos sorciers préparent déjà les téléportations. Un abordage : nous n'allons pas dédaigner cet amuse gueule, n'est ce pas ? Nous attendons tous que tu fasses tes preuves, petit rat. Qui sait, ajouta t'il avec espoir, peut être que tu ne seras pas digne de la confiance placée en toi, et que rien ne s'opposera plus à ta mort après ça?. »
Thumiel se mit en route en vérifiant ses armes, en s'efforçant d'ignorer les halètements menaçants de Phélion dans son dos, et les petits ricanements que celui-ci lançait parfois sans raison. « Je te suis, petit rat, et au moindre faux pas, tu seras à moi?.. »
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La chambre des téléportations du Slaves of Nostramo avait autrefois abrité de brillants techniciens qui appliquaient avec professionnalisme un art qu'ils avaient appris à maîtriser sur le bout des doigts. Ainsi, dix millénaires auparavant, des techniciens dans des robes impeccables regardaient les téléporteurs avec confiance, compréhension et amour.
Mais l'hérésie avait joué ses tours cruels aux hommes, et aujourd'hui, c'étaient des êtres misérables, languissants et crasseux qui actionnaient en gémissant de terreur des téléporteurs démoniaques qu'ils ne comprenaient plus. La clarté empirique de la science s'était chargée des relents de la superstition, et , cruelle ironie de l'histoire, c'étaient des sorciers et des rituels occultes qui avaient remplacé la science et la raison de la grande croisade.
Thumiel se tenait là, au milieu d'un de ces pentacles de téléportation, entouré de l'escouade Shyphilis, qui l'avait recueilli. Il suivait d'un regard inquiet ses êtres misérables qui trottaient, courbés, d'un téléporteur à l'autre en implorant les dieux d'insuffler au matrices de visée des instructions qu'ils ne pouvaient plus donner.
« _On a peur, petit rat ? »Chuchota Phélion dans son dos. « On regrette le confort des services du dieu charogne, peut être ? » Thumiel ferma les yeux et inspira profondément. L'absence de fiabilité des téléporteurs chaotiques aurait peut être le mérite de le débarrasser de Phélion. Puis la lumière verte l'aveugla, et en se raidissant, il sentit son corps s'étirer à travers le Warp.
S'est encore étourdi des visions de cauchemar que frère Thumiel se retrouva, à genoux, au beau milieu d'une vaste baie d'armement. Il lui fallu quelques instant pour s'habituer à cet environnement. Alors que les marines du chaos autour de lui , rompus à ces arrivées fracassantes, se dispersaient en ouvrant le feu, Thumiel regarda, médusé , les gigantesques pièces d'artillerie navale, de la taille d'un Thunderhawk, qui s'alignaient, en rangées infinies, sur trois étages. Partout, comme des vagues infinies d'une marée humaine, des marins impériaux s'agitaient, allant et venant vers les pièces, leurs tuniques grises en lambeaux sous les matraques incapacitantes des commissaires de bord. Du sol surgissait soudain, à un rythme effréné, des montes charges lourds d'obus, aussitôt pris en charge par la marée humaine.
Dehors, par la grande baie ouverte sur les étoiles, des fulgurances soudaines laissaient deviner le duel qui s'engageait entre le vaisseau impérial et le Slave of Nostramo. Après avoir été si longtemps isolé des hommes, nourri de ses délires et d'une obscurité quotidienne, ce brusque contact avec la foule, la foi en l'empereur, et la lumière violente du navire impérial laissa Thumiel groggy. Puis il sentit une longue lame de fond, un chant intérieur monter en lui. Son esprit, ivre de sensations nouvelles, absorbait les peurs, la souffrance et la servitude de tous ses êtres qui trimaient, parfois depuis leur naissance, dans cette salle lugubre. Sa vision devint rouge, et il se releva d'un bond, investi d'une force nouvelle. Sous ses yeux ,une vingtaines de matelots fuyait les marines du chaos, alors que le mouvement de foule s'amplifiait.
Il sentit la joie malsaine des marines du chaos, les réactions primitives des marins, celle de bêtes chassées, fuyant stupidement devant des prédateurs. Il crut que son cerveau allait exploser tant les sentiments des êtres autour de lui l'inondaient. Alors, comme pour se libérer, il brandit sa lame, et bolter à la main il se jeta dans la foule des marins. Il y en avait trop. Trop de sentiments, trop d'esprits. Il balaya leurs rangs avec rage, avec hargne, exorcisant sa douleur dans leur sang, il les renversait comme des quilles, les broyait sans s'en rendre compte. Rendu fou par la douleur, il les piétinait, regrettant de ne pas avoir quatre bras de plus pour les massacrer plus vite. Leurs voix, la médiocrité de leurs existences, tout cela lui était insupportable. Et il broyait leurs jambes, son épée tronçonneuse s'enfonçant dans leurs ignobles tuniques tachées de sueur, son Bolter disloquant les crânes, arrachant bras et têtes.
Ils lui faisaient horreur. L'existence pathétique qu'ils menaient lui rappelait trop sa propre destinée. Lui aussi, pendant si longtemps, il n'avait été qu'un pion obscur au service de l'Empereur. Mais leur nombre le désespérait. C'était trop de vies gâchées, car il ne pourrait jamais leur expliquer à chacun ce qu'il avait compris, ce qu'il avait tenté d'expliquer à Hyxas, ce même Hyxas dont la tête se balançait toujours à son épaulière.
Alors, il noyait son désespoir et son impuissance dans leur sang. Son Bolter lui avait échappé des mains, ou peut être l'avait il jeté comme une comète dans la foule des égarés. Alors il saisit sa lame à deux mains.
Il savoura le doux ronronnement, la vibration apaisante de son épée tronçonneuse. Son esprit hurlait toujours en échos les cris de surprise et de douleur de ses victimes. Il ouvrit les yeux, deux globes noirs englués dans le flot carmin qui lui recouvrait le visage. Il ne pouvait les convaincre, ou leur expliquer. Ils étaient trop. Il les libèrerait pourtant. Un par un, s'il le fallait.
Son rugissement résonna en multiples échos dans l'immense caverne ensanglantée.
Sa rage l'avait abandonné. Epuisé comme jamais auparavant, Thumiel gisait, adossé à une des pièce d'artillerie. A perte de vue, les corps des marins sans défense s'étalaient, recroquevillés, la plupart méconnaissables.
Et les voix dans sa tête s'étaient tues, enfin.
Il ne savait pas très bien quel cap il venait de franchir, mais pour la première fois depuis qu'il avait tué Hyxas, il se trouvait enfin en paix avec lui même.
« Ils ne vont pas tarder à envoyer des équipes de combat quand ils ne recevront plus les rapports de celui là » fit le champion de l'escouade, un dénommé Tulkis, en désignant le cadavre désarticulé du commissaire de bord, à ses pieds.» « Que?devons'nous ..faire ? » Articula péniblement Thumiel, éprouvant le besoin d'être guidé, tant sa fatigue était grande.
Et pour la première fois, il n'y eut pas de ricanements, pas de moqueries ni de menaces en réponse. Tous les marines du chaos le considérèrent gravement, presque avec....compassion.
« _Il l'a senti. » « _Oui, sans doute, il n'y avait qu'à le voir. » « Cela ne fait pas de lui un des nôtres », rappela Phélion Pourtant, Thumiel croyait discerner dans ses yeux quelque vague lueur de respect.
« _Nous descendons par les monte-charges, Thumiel, répondit enfin Tulkis. C'est là que nous trouverons ce que nous sommes venus chercher. » Thumiel sentit que sa curiosité aurait dû être piquée au vif. Pourtant il n'en était rien. Les choses, ses actions, ses pas, lui semblaient être guidé. Il s'en remettait entièrement aux dieux, sans chercher plus loin, tant le moindre effort d'imagination lui était douloureux.
Ils errèrent dans des couloirs sans fin, ils défoncèrent d'innombrables cloisons blindées. Dans ses oreillettes, le cri des mourants régnait en maître, il n'écoutait même plus les injonctions de Tulkis. Seule la vue des impériaux le tirait de sa léthargie, réveillant une honte et une colère si profonde qu'elles lui semblaient familières, éternelles.
Il s'aperçut soudain que le corps sans vie qu'il tenait dans ses mains était celui d'un magos de l'adeptus mechanicus. L'homme-machine avait la tête ravagée : quelqu'un-et Thumiel soupçonnait qu'il s'agissait de lui- avait arraché une à une les connections électriques qui reliaient son crâne à son paquetage dorsal. Puis il avait plongé ces fils dans les yeux du malheureux. Les globes oculaires s'étaient fondus avec les paupières dans un magma informe. Derière lui, Phélion avait mis à nu le fémur d'un technicien. L'homme , qui vivait encore, hurlait alors que le Night Lord crachait de l'acide dans ses plaies, avant de les refermer avec une cruauté consommée.
« Les codes ! Donne nous les codes, petit homme, et tes souffrances cesseront ! »
Les codes. Ces mots éveillèrent dans l'esprit égaré de Thumiel de vagues souvenirs. Lentement, comme s'il revenait à la raison, il sentit que les pièces se mettaient en place. Et la question qui s'imposait depuis le départ, la seule qu'il aurait dû poser, lui vint naturellement au lèvres.
« _Que sommes nous venus chercher ici ? »
Il lut la réponse dans le regard enfiévré du technicien, qui détaillait quelque chose dans le dos de Thumiel. Celui-ci se retourna, et comprit
Elle attendait là depuis une éternité, elle qui avait vu le jour pendant le moyen-âge technologique, à l'époque ou aucune limite éthique n'entravait la soif de savoir des hommes. Incroyablement vieille, plus vieille encore que les marines du chaos, elle luisait d'un éclat ténébreux. Longue d'une dizaine de mètres, de forme cylindrique comme une torpille, elle portait en elle les germes d'une destruction et d'une puissance inimaginable. Mandée par la très sainte Inquisition, elle voyageait vers sa dernière destination, pour accomplir la tâche qui lui avait été confiée par ses concepteurs, en des temps immémoriaux.
La mort. La purification. A l'échelle planétaire.
Thumiel repensa aux milliards d'êtres qui vivaient dans l'erreur et le gâchis impérial, et qu'il ne pourrait jamais convaincre.
Il pouvait maintenant convaincre. A l'échelle planétaire. Thumiel enleva son gantelet, et sa main palpa la surface froide le l'annihilatum. Un objet puissant, riche en opportunités et apte à apporter le changement. Le changement qu'il avait désiré toute son existence sans l'obtenir. Un changement si brutal, si irrémédiable? Si beau. Les dieux faisaient bien les choses.
Sa main s'attarda un instant sur les runes de l'adeptus mechanichus qui luisaient d'un feu sombre au centre de la torpille. Son sourire s'élargit alors qu'il déchiffrait l'inscription :
« ?Babel' »
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