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Alors , comme une orchidée éternelle Monstrueuse, divine, mortelle S'éleva une floraison infernale Un bouquet d'explosions grandioses Ou disparurent toutes choses Et éclatèrent les belles fleurs du Mal
Marsile.
"Une boule d'un blanc ardent, aveuglant. Une boule qui recueille, reflète et irradie la lumière de son soleil décuplée."
C'était là les paroles des premiers colons, qui, lors de la première vague d'expansion humaine, bien avant qu' "Empereur" ne devienne un nom propre, avaient découvert ce monde. Dans les années qui suivirent, il s'étaient trouvé d'innombrables mauvais poêtes pour renchérir sur toutes sortes de métaphores faciles, sur cette boule de foi éclairant les profondeurs du vide... Les plus illustres de ces poêtes de mauvais goût avaient été les archivistes des Emperor's Sword.
Ceux ci, pourtant, s'étaient vite aperçus que la luminosité de ce monde n'était pas dûe à quelque croyance ou bénédiction, mais au fait que l'essentiel de sa surface fut recouverte de sable, ou d'herbe sèche. Aussi les teintes jaunes de la flore Marsilienne s'enflammaient elles à chaque aube, présentant pour l'éternité un spectacle d'une rare vitalité.
Mais l'éternité touchait à son terme. Et cette aube serait la dernière.
De cela, nul n'en avait moins conscience que frère Marziel. Depuis une semaine, le glaive de justive attendait dans l'orbite de son monde natal. Il avait voyagé dans sa petite corvette rapide, don de son ancien chapitre. La dizaine de serf decérébrés qui lui servait d'équipage affichait une sérénité que le space marine leur enviait. Leurs yeux restaient vides de toute expression, des regards bovins, qui ne manifestaient aucune surprise malgré l'étrangeté de leur odyssée.
Tout d'abord, ils s'étaient immergés dans les remous de l'oeil de la terreur, chose qui aurait suffi pour bouleverser n'importe quel homme. Les raisons de cette immersion auraîent également dû leur donner des insomnies : il s?agissait de retrouver et de châtier un traître au chapitre des Emperor's Sword. Le concept de loyauté et de trahison n'était pas très clair pour des serfs. La trahison n'existait pas pour eux car il n'y avait aucune place dans leur esprits pour autre chose que l'amour du chapitre. Mais puisqu'ils n'envisageaient même pas la trahison, pouvait-on parler de loyauté ? Ils n'avaient jamais eu à choisir.
Le glaive de Justice secoua la tête en grimaçant. Depuis sa rencontre avec Phylaa's Pek, il connaissait bien souvent ce genre de reflexions. Elles n'étaient pas hérétiques en elles mêmes, mais Marziel s'en méfiait. Il sentait qu'elles représentaient un danger potentiel, qu'elles pourraient l'amener à remettre en cause des fondements de sa doctrine. Cette doctrine, sa vision du bien et du mal, était le dernière chose stable dans son univers chancelant. Si il la perdait de vue, il ne répondait plus de ses actes.
Marziel frissona. Certaines éventualitées devaient rester dans l'ombre. Alors, pour garder son esprit hors du marasme, il songea au voyage qui l'avait mené de l'oeil de la terreur au monde de son enfance. Il avait traversé les brumes violettes de l'empyrean sans la moindre difficulté, et son vaisseau n'avait pas subi les désagrements habituels d'un retour trop rapide au monde de matière. C'était étonant...
"Pas tant que ça", fit l'autre.
Ne parle pas au démon.
Marziel cessa de respirer, et ses doigts se refermèrent de toute leur force sur la barrière de sa passerelle de commandement. Un muscle se mit à palpiter sur son cou. Il resta là, figé, dans une immobilité absolue, les yeux fermés, tout son corps crispé.
"Attention, ô Justicia, Gladius, si tu restes trop longtemps comme ça, tu vas salir ces belles robes...Es tu sûr de ne pas vouloir aller aux latrines?" repris l'autre, sarcastiquement.
"Ne parle pas au démon." Répéta Marziel avec toute la détermination dont il était capable.
"Rââââh.....je suis vaincu ! Je vais être forcé de partir, maintenant, car ta foi me térasse !" L'autre ne dissimulait plus son hilarité désormais.
Jamais Marziel n'avait été aussi frustré. La bénédiction de l'Empereur l'avait sublimé, et il n'était nul être de matière qu'il ne pouvait affronter, mais l'autre.......l'autre était différent.
L'idée d'être possédé avait terrorisé Marziel pendant tout le trajet. Il s'était attendu à voir ses yeux rougeoyer, sa peau changer de couleur, ou, pire encore, sentir son respect de l'Empereur muer en quelque chose d'inenvisageable. Prudemment, il s'était lui même entravé dans ses quartiers pour dormir, de peur que le démon ne profite de son sommeil pour lui voler le contrôle de son corps.
Rien de tout cela ne s'était produit.
Mais le démon était bien là, et son influence était autrement plus subtile. Parfois, Marziel sentait que certaines idées lui étaient étrangères, certains gestes n'étaient pas naturels. A chaque fois anodins, ces incohérences semblaient n'avoir pour seul but que de lui rappeler la nature du pacte qu'il avait dû sceller.
Son âme....contre l?endroit ou se trouvait frère Thumiel.
"A la genèse", lui murmurait le démon, à chaque fois que Marziel l'interrogeait. "Dans l'orbite de Marsile, au début, au commencement.. "
C'est pourquoi le glaive de justice attendait, et son crâne en tempête commençait à envisager que le démon aît pu lui mentir.
"Je n'oserais pas" fit l'autre, sans aucune ironie cette fois. "Les dieux sont assez intransigeants en matière de pactes. Ils doivent être sincères des deux côtés. C'est bien dommage, je trouve..." ajouta t'il.
Ne parles pas au démon.
"Si ça t'amuses... Mais je te rapelles qu'il ya peu, ton premier crédo était "N'écoutes pas le démon." Tu as déja oublié ? "
Lorsque Marziel ouvrit les yeux, la barrière de sa passerelle lui restait dans les mains, arrachée.
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"_Possibles echos en approche, dans le 648, monseigneur." Marziel se rua vers la console. Enfin, un but, un espoir ! Même si le signal n'était pas celui qu'il attendait, il se réjouissait d'avoir une occasion de tourner son esprit vers des actes.
"_Identification ?"
"_En attente monseigneur....Identification impériale, c'est un code inquisitorial, nous n'avons pas accès à plus de données" ajouta le serf avec un air mortifié. "_Néanmoins, on peut lire le nom du navire : c'est le Triumph of Partenor, croiseur de classe Lunar." lanca, surexcité, un autre serf un peu plus loin. Un court instant, Marziel eût la vision très claire de la rivalité qui opposait les deux serviteurs qui se disputaient ses faveurs.
"_C?est vous qui faites ça ?" rugit Marziel à l'encontre de l'autre. "Je ne m'intéresse pas à la psyché de ces stupides serfs !"
"_Ne parles pas au démon !" se gaussa l'autre d'un ton triomphant.
Ce démon va me rendre fou....
Exact.
Je ne me laisserai pas faire.
Tu n'as pas voix au chapitre.
Frère Thumi...
Il est bien à bord du Triumph of Partenor....
Bien.
Mais n'oublie pas que tu es à moi...
"_En avant toute, cap sur lui !"
Marziel n'arrivait plus à discerner quelles étaient les pensées qui lui appartenaient encore. Sa vision se brouilla, et un hoquet de bile lui vint aux lèvres. Il s'accrocha aux bribes de sa volonté en déroute, et la rallia désespéremment. Il lui restait encore une chose à faire avant de s'abandonner à l'Autre, et que sa lamentable existence ne se termine dans l'indignité. Tuer Thumiel, restaurer son honneur, avant qu'il ne soit trop tard.
Alors que son armure énergétique lui irritait chaque centimètre de peau, que des tremblements incohérents secouaient son corps, Marziel se força à regarder la silhouette du croiseur de l'inquisition, éclat ténébreux sur une toile étoilée. Quelque part à bord de ce navire, sa rédemption l'attendait.
"_Le Triumph of Partenor nous demande de nous identifier, Monseigneur. Souhaitez vous entrer en contact avec leur commandant ?"
Avec le plus grand plaisir!
Quoi?
Ehhh.....depuis le temps que j'en entends parler de ce Thumiel, j?ai envie que tu me le présentes...
C'est une affaire privée, ne t'en mèle pas , démon !
Je suis toi et tu es moi, Marziel, il faudra bien que tu l'acceptes.
Il y eût un gresillement sourd, un morne fond bleu gris de chargement, puis l'écran projeta ses images sur toute la passerelle. Le temps de deux batements de coeur, il y eût la mise au point automatique du flou et des contrastes, puis Marziel le vit.
Celui qui avait occupé tout son esprit durant les six derniers mois de se vie. Et même avant, mais cela il ne devait le réaliser qui bien plus tard, quand son monde aurait changé, et que ses yeux s'affranchiraient des mensonges.
Pour l'heure, le Justicia Gladius se trouvait façe au visage qu'il devait exorciser, ce visage qui ne devait lui inspirer que haîne.
Alors, pour la première fois, il lui sembla que la voix de l'autre s'assourdissait enfin, et avec elle toutes les autres qui l'avaient hanté. Le chapelain Annael se tut lui aussi, de même que tous ces mentors, et d'autres voix plus distantes profondes qu'il refusait de nommer.
L'univers se rétrecit , et il n'y eût plus que lui et Thumiel.
Son ancien frère le dévisageait, sous une capuche de toile, son armure énergétique d'un noir roussi par les flammes, toute droit issue d'une forge démoniaque. Crânes grimaçants et trophées macabres avaient chassé les aquilas et l'épée embrasée, symbole de leur ordre. Mais il y avait autre chose.
Dans le regard. Dans l'attitude. Dans la posture.
Thumiel était détruit. Déchiré au delà de toute raison, consummé de l'intérieur par des passions incontrôlées, des visions impossibles. C'était comme si son ancien frère était porteur d'un fardeau titanesque, qui lui broyait les épaules. Et la violence du regard qu'il lui rendit fit reculer le glaive de justice, malgré les distorsions et les incohérences de la transmission vidéo.
"_Par le trône...Thumiel, que t'ont ils fait..."
Et la voix rêveuse de son frère lui répondit, et il n'y avait plus rien du héros de Caneb, de l'homme qui l'avait relevé mille fois au coeur de la tourmente dans cette voix.
"_J'allais te poser la même question, Marziel..."
Marziel se détourna de l'écran, écoeuré. La déchéance, le vice et la folie qu'il lisait sur la crétaure qui avait été son frère était plus qu'il ne pouvait le supporter. Son regard dériva vers l'espace infini qui les entouraît, puis sur la surface flamboyante de son monde.
De leur monde.
Tous deux, fils de cette terre. Tous deux, nés dans la chaleur cuisante des vallées septentrionales. Quand ? Quand étais ce? Trois cent ? Quatre cent ans auparavant ? Et aujourd'hui ils étaient là, les deux fils revenus au berceau, partager leur héritage.
La querelle de succession ne semblait pas pouvoir être évitée.
"_Elle es belle, non? " la voix honnie s'élevait derrière Marziel. "Peut être l'aimes tu autant que moi, mais tu ne t'en rends pas compte. Pourtant, tu es sensible à la beautée, non ? "
"_ Je ne pensais pas qu'un être tel que toi pouvait encore aimer quoi que ce soit."
"_Et pourtant, j'aime. J'aime la beautée des arts, la beautée de l'horreur, la beautée du mal. La beautée de cette terre, aussi, de cette si belle terre resplendissante, lumineuse, qui abrite en son sein la plus lamentable des pestes."
"_Tu parles de nos frères..."
"_De qui d'autre ? Ils ont fait de ce monde le laboratoire d'un gâchis immense, et ils ont prostitué notre peuple. Je ne tolèrerai pas que cela continue. C'est bien trop laid."
Alors Marziel se retourna, et comme dans un rêve, il vit un sourire sculptural naître sous le capuchon de Thumiel, alors que celui ci s'approchait lentement d'une console de tir isolée.
Il se produisit alors plusieurs choses.
Une terreur profonde, un gémissement sourd naquit dans l'esprit de Marziel. Il sentit le long glapissement de joie de l'autre, et l'exultation malsaine du démon. Sur la passerelle du Triumph of Partenor, il y eût un remue ménage soudain, alors qu''une partie de l'équipage tentait d'approcher Thumiel, et que d'autres s'interposaient.
"Tu n'étais pas prévu au programme, Marziel, mais au final j'apprécie que tu sois là pour assister à ça. Cela donne une petite touche personelle incontrôlée, aléatoire, de nostalgie."
"Une petite touche ? une petite touche à quoi ? glapit Marziel alors que tout son être l'implorait de faire quelque chose pour arrêter Thumiel.
"A mon chef d'oeuvre." D'un revers d'avant bras, Thumiel broya le thorax d'un marin qui était parvenu jusqu'à lui.
La lumière dégagée par Marsile irradiait sur la passerelle du Triumph of Partenor, et Thumiel l'accueilli en écartant les bras, son armure virant au blanc éclatant. Transfiguré, le traître se métamorphosait en ange.
Et, de son index, traça un cercle impétueux sur la console.
Alors, elle fut libérée. Marziel, incrédule, la vit jaillir de la proue du Triumph of Partenor et traverser, avec une monstrueuse lenteur, tout son champ de vision.
"Babel." Marmonna laconiquement un des serfs.
Et Marziel comprit enfin, et s'en fut fini de sa raison.
Marsile, segmentum obscurus A onze heures quarante sept, heure solaire, le bloc propulseur se détacha, révèlant des mécanismes antiques qu'aucun technoprètre n'aurait jamais révé contempler. A onze heures cinquante trois les rétrofusés s'encenchèrent en cascade, ralentissant la chute de l'annihilatum. A onze heures cinquante six l'esprit de la machine injecta une part de sa conscience aux scanners et à l'analyse de l'air et des courants aériens. A onze heures cinquante neuf l'esprit de la machine avait ajusté sa trajectoire vers un point d'explosion ou la dispersion du virus serait optimale.
A douze heures quatre ce point fut atteint.
Et la terre elle même fut détruite Brûlée, dispersée au néant Et les vents emportaient tout.
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Les grox luisaient au soleil de midi, pareils à de gigantesques cloportes. Courbés sous le poids de leurs gigantesques carapaces, ils broûtaient paisiblement, herbivores placides imperméables au tourments qui enflammaient le coeur des hommes. L'herbe des plateaux de Ghana était fraiche et grasse. Un léger vent d'Ouest apportait avec lui les relents de saveurs inconnues, d'une flore et d'une faune étrangère, sur d'autres continents, et bien d'autre choses encore. Le soleil semblait hurler silencieusement dans le calme parfait de cette belle matinée.
Le berger se redressa et s'étira, faisant craquer ses os usés par dix années de vagabondage sur ces plateaux. Son regard sans âge dériva le long des vallées qu'il connaissait si bien, et un mince rictus de satisfaction perça sa masse de peau frippée, tannée par d'innombrabes jours comme celui ci.
Il jeta un regard discret vers son troupeau, vérifiant machinalement qu'aucune bête ne s'était trop écartée des autres. Les grox ne craignaient pas les prédateurs, mais la faim pouvait toujours pousser des villageois à braconner. Il soupira : même s'ils décidaient de tous mettre bas au même moment, ses grox ne lui causeraient jamais autant de souci que les hommes.
Soudain , une fulgurance soudaine illumina une vallée a une dizaine de lieux vers l'ouest, comme un feu de forêt. Le berger se leva , et contempla le feu diminuer progressivement, avant de s'étioler définitivement. Il fronça les sourcils : il n'avait jamais vu un feu éclater et s'éteindre si rapidement. Il n'y avait même pas de fumée. Il songea brusquement aux hommes-rochers. Livré à l'inconnu et à la surprise, son esprit faisait précipitament appel au surnaturel et au mystique. Oui, les hommes-rochers, cela ne pouvait qu'être un de leurs tours.
Il secoua la tête, étouffant un éternuement. Cela ne le regardait pas , après tout. Il était loin, et n'avait rien à faire avec les hommes-rochers. Sa raison revenait bien vite, entraînée par la routine d'une existence simple. Depuis l'aube des temps, aussi loin que remontait sa mémoire, les hommes-rochers avaient existé, et cela n'avait jamais empêché les grox de paître, et les bergers d'errer de village en village. Ainsi allait la vie depuis l'aube des temps. Et rien, rien ne pouvait l'empêcher. C'était tout ce qui importait au berger.
Il s'assit, toussa, et tira de sa ceinture une feuille de plantuvier. Il commenca à la rouler tranquillement, songeant que ses réserves touchaient à leur terme. Il savoura particulièrement les premières bouffées, puis toussa à nouveau. Il se rembrunit : il vieillissait, si il n'était pas capable de fumer une feuille sans tousser. Il faisait très froid tout d'un coup.
Le berger ressera sa cape autour de ses épaules, alors que le sang achevait de remplir ses poumons.
Et la terre elle même fut détruite, Et il ne resta plus rien de la terre.
Histoire de la majestée de l'espèce humaine, III,3
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