Wouaouh ! que d'enthousiasme ! Ca fait vraiment plaisir, en tout cas. Il y a effectivement "L'ultime partie-ou-tous-les-fils-des-destinés-se-retrouveront-liés....."
Mouais, j'en fait peut être un peu trop du coup.
Enfin, bref j'avais prévu de publier cette ultime partie à mon retour de vacances, mais voyant la taille de la dite partie je me suis dit qu'il fallait peut être la fragmenter en deux. En plus ca évitera de faire attendre les quelques personnes qui s'impatientent vraiment...
Donc voilà le début de ce qui est bel et bien la fin de "Déchéance." Je vous préviens, c'est assez barré, voire un peu obscur par moment.
QUOTE
C'est une distorsion warpienne qui c'est produit?
Je crois qu'il y a quiproquo, cher Huron, il n'y a pas de distorsion warpienne. Simplement, pendant que Thumiel prenait le contrôle du Triumph of Partenor, Marziel revenait dans l'orbite de Marsile pour l'attendre. Et à aucun moment dans cette partie Thumiel n'aborde le vaisseau de Marziel, ils ne font que de se parler par écrans interposés.
Par contre, une distorsion warpienne, y en a une dans ce récit (et une grosse !)
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Caïn était le frère d'Abel.
Abel était l'autre nom de Caïn.
Abel était un guerrier,
Caïn était un artiste.Le détachement qu'éprouvait frère Marziel devant l'horreur de la scène l'étonnait lui-même. C'était comme si, parvenu à un certain palier dans l'horreur, son âme ne voyait pas l'intérêt d'en rajouter. Il regarda le minuscule point argenté se perdre dans les brumes dorées de son monde sans ciller, ému malgré lui par la beauté tranquille du spectacle.
Eternelle, à jamais vierge de toute souillure, Marsile rayonnait à l'heure de l'épiphanie.
Cet instant aurait pu se prolonger indéfiniment si Phylaas'Pek ne s'était pas soudain manifesté. Son exultation brutale, avide et carnassière arracha l'esprit de Marziel de la contemplation morbide de son monde.
« _Un banquet d'âmes !! Depuis quand ne me suis-je tant repu ? Béni soit ton ami Thumiel, car ma soif en sera peut être étanchée ! »
Marziel ne chercha même pas à le faire taire, sachant que c'était inutile. Mais toute l'agressivité impuissante qu?il accumulait se dirigea vers Thumiel. Celui, qui, perdu au fond de son délire, avait poussé l'intégralité de leur peuple dans les bras des démons.
Sa mission avait elle encore vraiment de l'importance ? Tuer Thumiel pour ressusciter l'honneur du chapitre lui paraissait désormais d'une puérilité quasi absurde....L'honneur du chapitre ? Qu'est ce qu'un traître pour un chapitre dont le monde se meurt ? Même l'idée de vengeance paraissait démodée. Châtier un traître n'empêcherait pas tout ce monde de mourir, et son peuple avec. Cela ne ferait que rajouter un cadavre.
Un de plus.
Les corps flottaient dans le vide spatial juste devant lui. Par marées compactes de corps emmêlés ; ils dérivaient, poupées désarticulées aux lèvres et aux yeux glacés, craquelées et fissurés par la froideur du vide. Par millions ils flottaient, formant une assemblée morbide à perte de vue, un tapis de cadavre monstrueusement silencieux. Hommes, femmes, nourrissons ne poussaient qu?un seul cri de leurs mâchoires inertes :
Pourquoi ?Marziel ouvrit les yeux. Il avait mal à la gorge tant il avait hurlé. Son univers vacillait autour de lui. La silhouette du pont était floue et les serfs qui le dévisageaient, muets de stupeur, semblaient tanguer. Le glaive de justice posa une main sur son crâne, et le contact froid du métal de son gantelet le soulagea quelque peu.
« Ca y est », se dit il très dignement. « Je suis fou. »
Et parce que la folie l'effrayait, parce que la folie ne pouvait que le conduire à l'impensable et à l'ultime indignité, Marziel décida d'en finir.
« Magos , veuillez entamer le rituel de passage dans le warp. Bénissez ce vaisseau et son équipage. La barre au 250. En avant toute, cadence d'éperonnage. »
Les serfs, tout comme le magos de bord, ne brillaient pas spécialement par leur imagination. Il fallu une bonne minute pour qu'ils commencent à établir le lien entre ces ordres, et qu'ils bannissent tout doute de leurs esprits. Dans l'intervalle, leurs réflexes et leur conditionnement avaient joué, et ils avaient obéi.
Le magos se retourna, et à peine avait il ouvert la bouche pour protester que le Justicia Gladius s'abattait sur lui en sifflant, aspergeant le panneau de contrôle des moteurs warp de ses fluides.
Le sang grésilla un instant avant de disparaître, avalé par les myriades de fils et connections de l'esprit de la machine.
Autour de lui les serfs se levèrent en gémissant et en se griffant la peau, incapables d'admettre ce qui se déroulait sous leurs yeux. Quelques uns parmi les plus fous firent un geste vers Marziel, et le Justicia gladius les démembra en quelques moulinets gracieux.
Dans l'instant qui suivit, la totalité des occupants de la passerelle furent jetés à terre par l'accélération subite de la corvette. Tous, à l'exception de Marziel, dont les sens améliorés et les gyrostabilisateurs de l'armure prouvèrent une fois de plus leur utilité.
Autrefois, Marziel se serait félicité de cet éclatant exemple de sa supériorité. C'est à peine s'il la remarqua à ce moment, tant le génocide de son monde occupait ses pensées. Tout le reste était si trivial, si vain....
Il se tourna vers la console d'activation warp. Le techno prêtre avait rempli son office consciencieusement avant de mourir. Cette épitaphe en valait une autre.
Le choc que représentait un éperonnage était toujours critique, surtout lorsque une corvette rapide épronnait un croiseur faisant le triple de sa taille. Ce qui restait de la proue de la corvette vint se loger deux kilomètres derrière les tubes lance torpilles du Triumph of partenor. Le vaisseau inquisitorial ploya sous le choc, et ses cloisons déjà affaiblies par son retour dans l'espace matériel se rompirent.
A bord de la corvette, Marziel s'arracha de la console sur laquelle le choc l'avait empalé. Sa paque pectorale, rompue, racla sinistrement sur ses côtes. Devant lui, la silhouette crénelée du Triumph of Partenor occupait toute la baie d'observation.
Marziel saisit le levier d'activation des moteurs warp, et le poussa en avant.
Sa main ne tremblait pas.
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Quand vint le moment d'éprouver leur foi,
Caïn fit à l'Empereur l'offrande
Des fruits de la beauté et des arts.
Abel fit à l'Empereur l'offrande
Des fruits de la guerre et de la justice.A environ un kilomètre devant la proue de la corvette, un vortex de sombres énergies naquit. Comme une cascade de tentacules de lumière, une brèche dans la réalité s'ouvrit et s'agrandit a vue d'oeil, tandis que les moteurs warp du petit navire jouaient sur l'équilibre précaire des réalités. Le warp se déversa goulûment dans l'étoffe de l'univers, et noya sur son passage le vide spatial et le Triumph of Partenor sans discrimination.
Les deux navires, unis dans leur étreinte mortelle, étaient irrémédiablement perdus. Si la corvette ne tentât- et pour cause- aucune manoeuvre d'esquive, le Triumph of Partenor essaya désespérément d'éviter le vortex en enclenchant ses rétrofusées.
Cette erreur scella le destin du navire. L'éperonnage, les dégats subis au combat, la puissance du vortex, l'inertie et les rétrofusées soumirent la coque du malheureux vaisseau à plus d'efforts contraires que sa structure fatiguée ne pouvait en supporter.
Ainsi le Triumph of Partenor, vaisseau de classe Lunar réquisitionné par l'Inquisition se désagrégea t'il en quelques secondes avant que ses débris ne fussent aspirés dans le warp par le vortex.
Le nuage de débris ne manqua pas de toucher la corvette responsable du désastre. Un morceau de pont du croiseur de huit kilomètres de long trancha en deux le navire de Marziel, et l'ensemble du drame fut consommé en quelques instants.
L'un comme l'autre disparurent dans le Warp au cours de cet engagement, et plus jamais l'on entendit parler d'eux sur les mondes des hommes.
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Alors que son navire était aspiré dans les flammes ardentes du Warp, que sa passerelle se rompait et que la grand baie de plastacier éclatait, alors que les démons affamés jaillissaient du néant pour faire ripaille des âmes des serfs, alors que son monde n'était plus que regrets et cauchemars, alors même que les senseurs de son armure s'emballaient en affichant des données incompréhensibles, Marziel vit Phylaas'pek venir à lui.
Le démon se présenta sous sa vraie forme, une horreur monumentale aux neufs visages affichant en une fraction de seconde les neuf milliards de nuances des expressions humaines.
Là, il entraîna Marziel à travers les trombes du Warp, et le corps du marine, catapulté dans la fureur des éléments, n'était qu'un pantin.
« _Je dois avouer que je ne comprends pas » , scandèrent les neufs bouches railleuses, sardoniques, cyniques, moqueuses, cruelles, arrogantes, suffisantes, prétentieuses et railleuses.« Tu n'étais pas obligé de commettre cette folie. Etais tu vraiment si pressé d'être mien ? Et pourquoi la mort des âmes de ce monde te fait il cet effet ? Ils n'ont rien de spécial, et leur destin est de mourir, d'une façon ou d'une autre. »
« Je ne pense pas que tu puisses comprendre, démon.... C'est lié à ce que je suis », répondit Marziel en se demandant si il vivait encore. « Ou plutôt à ce que j'étais » ajouta Marziel en fermant les yeux. Il s'abandonnait à l'appétit du démon, et pour se préserver de la peur, il plongea dans ses souvenirs.
Avant.
L'Empereur porta un regard favorable sur l'offrande d'Abel
Mais il refusa l'offrande de Caïn.
Alors naquit la douleur dans le coeur de l'artiste
Et la jalousie sublima sa muse.Marsile, segmentum obscurus Pendant très longtemps, il n'entendit que le battement feutré de son coeur.
Puis une légère brise tiède ébouriffa ses cheveux et les hautes herbes.
Il sentait la vie suinter du moindre atome de son corps. Il sentait ses veines palpiter, sa poitrine se soulever et s'abaisser dans ce geste si anodin et si crucial qu'elle accomplissait depuis les origines de sa vie.
La chaleur cuisante du sol s'élevait tout autour de son corps allongé. De sa main gauche, il palpa tendrement les herbes hautes, et plongea avec délectation ses ongles dans la terre craquelée. Il savoura ses sensations si simples et si familières.
Il était chez lui.Alors il ouvrit les yeux.
Le bleu violent du soleil lui sauta aux yeux, et il ne put réprimer un gémissement, le temps que ses iris s'accoutument à la lumière.
A l'est, le ciel se teintait d'orange et de pourpre. A l'ouest, une lente lame de fond nocturne déchirait le ciel en annonçait la fin de ce jour parmi tant d'autres.
Abel soupira. Le temps était venu de rentrer. Il décida néanmoins d'attendre que le tocsin de Tolèdon ne le rappelle au village, lui et les autres enfants. Un court instant, Abel se demanda ou étaient passés ses amis pendant qu'il faisait la sieste.
Il se redressa lentement, et il balaya les environs du regard. Il avait dormi au milieu d'une longue pâture en pente douce, qui débouchait sur un bosquet d'arbres et de saules. Sur la droite, quelques grox broutaient placidement sans lui prêter la moindre attention.
Il se demanda combien de temps il avait dormi. Cette sieste lui semblait avoir duré l'éternité. Il avait tant rêvé.... Rêvé d'hommes rochers, de guerre et de démons... De choses terribles et belles, c'est ce dont il se rappelait.
Abel se secoua et s'ébroua en étirant son corps ankylosé. Il chassa ce rêve de ses pensées, avant de réaliser que ce rêve n'en avait pas été un.
Son corps était recouvert de pierre grise.
Abel regarda sans les reconnaître les deux mètres cinquante de corps en armure allongé qui lui appartenaient manifestement. Puis son regard tomba sur le glaive de justice qui luisait comme un miroir dans l'herbe, à ses côtés. Alors Abel se rappela, et deux siècles de souvenirs et de souffrances envahirent sa mémoire.
Alors l'empereur parla à Caïn:
« Pourquoi es tu triste, et pourquoi ton front est il abattu ?
Certainement, si tu agis bien,
Alors j'apprécierai ton offrande. »Il descendit lentement la pente d'un pas errant, s'émerveillant de voir renaître son ancienne vie sur chaque pierre, chaque prairie, chaque bosquet. Il pouvait entendre les cris rageurs de Vane se prenant le pied dans une racine, et le rire moqueur de Parek. Dans l'air flottait un parfum de chèvrefeuille et de fumier.
Le vent d'ouest apportait aussi son lot de senteurs inconnues, la flore d'outres continents, et bien d'autres choses encore.
Alors que la lueur du ciel déclinait rapidement, que les ombres s'allongeaient sur la vallée, Marziel avançait comme un somnambule, ivre de nostalgie et de douleur.
Il touchait du bout des doigts les herbes sèches. Etaient elles bien réelles ? Il sentait les graines se répandre sur ses doigts, et le pollen coller à la sueur de ses mains. Le monde lui semblait si vrai, si vivant...
Car rien n'avait changé...Le monde était exactement le même que celui qu'il avait laissé derrière lui deux siècles plus tôt. Les lézards se jetaient sous les pierres à son approche, et la chaleur de la journée s'élevait vers les cieux en colonnes d'air troubles. En se retournant, Abel put même voir les maisons de pierre blanche du village, le long de la corniche qui surplombait la vallée.
Alors pris de honte, Abel accéléra et s'enfuit à travers les bois, au fond de la vallée, loin du regard des siens. Et là, il se cacha, car il ne pouvait pas supporter ce qu'il était. C'était d'ailleurs étrange. Il avait toujours pensé que si il devait rentrer un jours dans son village natal, il inspirerait fierté, crainte et émerveillement. Mais le jour venu, Marziel n'éprouvait que honte et humilité.
Alors qu'il gisait là, prostré dans les sous bois dans le soir qui tombait, une lueur fugace attira son attention. Avant même d'en avoir conscience il était debout, et marchait lentement vers cette radiance dorée qui fusait entre les troncs et les feuillages.
Puis, comme des rideaux s'effaçant pour dévoiler la scène finale du drame, les feuillages s'écartèrent pour révéler un trou d'eau.
Le trou d'eau des lucioles.Les derniers rayons du jour enflammaient les feuillages qui tombaient en cascade dans le petit lac. L'eau, peu profonde était d'un calme parfait, une perfection glacée et lisse qui ne pouvait inspirer que calme et sérénité. Les broussailles venaient mourir sur les pierres grises qui bordaient le bassin, et des nuées de graviers en parsemaient le fond. Lentement, les étoiles de segmentum obscurus vinrent s'allumer sur la surface limpide de l'eau. L'oeil de la terreur lui même devint visible, dans un coin de la mare, et semblait lorgner les autres étoiles d'un oeil avide et jaloux. Tout autour du bassin apparaissaient les éphémères lucioles des soirs d'été. Par centaines elles affluaient, tourbillonnant fugacement au dessus des pierres au bord de l'eau.
Marziel, le Justicia Gladius, Space Marine du chapitre des Emperor's Sword, eût le même regard captivé en les voyant qu'un jeune garçon de huit ans appelé Abel, qui les regardait deux siècles plus tôt.
San réfléchir, Marziel se promena au milieu de cette féerie, laissant les lucioles virevolter autour de lui, tentant de les saisir fugacement du bout des doigts.
Son pied en armure heurta la surface de l'eau et le charme fut rompu.L'onde troubla la perfection glacée du trou d'eau, et les étoiles vacillèrent, révélant l'immonde charnier qui gisait au fond.
Marziel vit alors une cinquantaine de corps emmêlés, aux lèvres bleuies et aux yeux globuleux, et reconnu les corps de habitants de Tolédon, qui gisaient là, noyés. Tout le village s'étreignait au fond de l'eau dans la douleur du trépas.
Marziel releva précipitamment la tête vers le grand rocher calcaire qui dominait le bassin. Autrefois, quant il était jeune, ces amis et lui venaient ici pour éprouver leur courage et leur audace en sautant du plus haut point possible.
C'était en haut de ce rocher ou ils s'étaient tenus naguère que l'attendait Thumiel.