voila le récit qu' un pote a moi a écrit, quelques autres sur
Arkhan.
C'est entre futuriste et steampunk, je vous en fait profiter.
Un bourdonnement à peine audible semblait baigner le lieu, vibration lente et étrange. Ocre. La couleur semblait omniprésente : les parois métalliques se fondaient dans la roche, taillée, érodée par maintes années, par maintes intempéries. Sur toute la hauteur, d'innombrables plaques nickelées étaient insérées dans le roc. Une série de tubes de verre sombre maintenus contre la pierre par de larges bras de métal brun, le long desquels étaient attachés d'imposants tuyaux dentelés emmelés de nappes de câbles argentés, occupait la partie gauche du couloir. De l'autre coté, plusieurs globes emplis de liquides colorés étaient disposés à différentes hauteurs le long du mur incurvé et reliés à une kyrielle de blocs-machines. Certains ressemblaient à des moteurs, des chaudières, d'autres n'évoquaient rien de connu et n'apparaissaient que comme un assemblage hétéroclite de pièces métalliques, datant d'un autre âge.
Il s'agissait d'une sorte d'embranchement. Au milieu, coupant l'immense entaille, un artefact colossal s'élevait pour s'extirper de la voûte déchirée. Une bande cristalline incrustée dans sa surface, lisse sur près de deux mètres, s'élevait en son centre. Une légère lumière bleu pâle s'en échappait, éclairant faiblement le sol poussiéreux. Sur les bords, jusqu'à la limite avec la roche, une multitudes de tubes, pistons, et autres aspérités semblaient extrudés de la paroi elle-même. Seul le ciel échappait à l'ambiance de cette crevace composite, hésitant entre le bleu profond et le gris plomb.
Le temps et l'espace semblaient suspendus en ce lieu inquiétant. Impression étrange d'une immobilité pesante. De chaque côté de l'engin central, les deux chemins pénétraient dans le roc et se perdaient non loin dans l'obscurité. Derrière moi, inexplicablement, je savais qu'une autre brèche disparaissait de même dans les ténèbres sèches et rocailleuses. Dans l'ombre, je sentais quelque chose; une présence, diffuse mais attentive. Je n'osais bouger, pétrifié devant ce décor qui de plus en plus semblait vouloir se refermer sur moi, alors que je ne savais ni pourquoi ni comment je m'étais retrouvé ainsi, debout, au milieu d'un croisement plongé dans une ambiance surnaturelle, baigné d'une lueur si pâle et sombre à la fois.
- "Ici nous croyons savoir quelque chose que vous ignorez". La surprise n'était que partielle, mais mon coeur bondit dans ma poitrine. La voix était si grave qu'elle ne me parut pas humaine. Je restais silencieux, immobile.
- "Croyons uniquement, car savoir absolument n'est que folie et pure illusion... Nous ne sommes sûrs de rien, et savons que nous ne pouvons l'être." La présence devenait nettement perceptible, se rapprochant sans bruit dans mon dos.
- "Voici le Lieu, l'endroit où se mêlent les flux du Temps et de l'Espace, où s'écoulent les destins et se figent les présents de tant de mondes. Et le vôtre en fait partie, bien entendu." Je me retournai alors lentement, imaginant maintes formes possibles pour matérialiser cette voix. Mon regard ne rencontra que la roche brune et les ombres sans fond.
- "Nul ne sait pourquoi vous êtes ici et maintenant." Faisant volte-face, je découvrit un homme, vêtu d'une immense robe d'un bleu profond piquée de pourpre, couverte en partie par une cape plus sombre. Il arborait un masque de porcelaine nacrée presque entièrement lisse, dénué d'yeux, et des gants bleu nuit.
- "Nous ne maîtrisons pas ces choses, ni ce colosse de métaux sans âge. Tout ceci nous échappe car ce monde aussi est régi par un autre Lieu, ailleurs. Régi ou seulement influencé. Tout ici n'est qu'incertitude."
Un jet de vapeur jaillit de la gueule d'un piston dans un sifflement suraigu, en même temps qu'une série chaotique de cliquetis témoignait de la mise en mouvement d'un mécanisme complexe. Derrière l'être sans visage impassible, au travers de la bande cristalline, un orbe sombre et luisant s'élevait au bout d'un bras télescopique. Il se retrouva stabilisé dans un réceptacle transparent, niché au dessus du verre. Un dernier tintement d'acier à peine perceptible au milieu du bourdonnement permanent, et la sphère se nimba d'une lueur glaciale.
- "Vous n'assisterez probablement jamais plus à un tel évènement, reprit l'homme. C'est ainsi qu'un monde entier touche à sa fin. Un faible halo et c'est tout Oblivion qui croule sous l'oblitération." J'observais terrorisé la lumière s'évanouir. L'orbe était devenu translucide.
- "Mais la mort d'un monde engendre la naissance d'un autre." La paroi rocheuse semblait se tordre, et devenir floue. Le récipient était vide. Sensation dérangeante d'un environnement devenant intangible. Les paroles se faisaient plus lointaines.
- "Tout se transforme."
Les ombres rampaient vers le centre de l'embranchement, estompant rapidement les innombrables arrêtes artificielles, les mêlant peu à peu à la roche sombre. Silence. Perdu au milieux de l'obscurité, le visage de perle plongea à son tour dans le noir.
L'herbe était encore ruisselante de rosée. Je serrai mes mains contre ma poitrine, profitant de la chaleur de la couverture. Etrange rêve. Fermant les yeux, je m'efforçais de retrouver mes esprits. Il n'y avait pas de temps à perdre, la route s'annonçait longue.
Arkhan, undermine, 2003