
Le pommeau rouillé acheva de crachotter ses dernières gouttes d'eau brûnatre dans un gémissement rauque, laissant Olya ruisselante et à peine moins sale qu'auparavant. Enfin, c'était toujours mieux que rien ! Elle détestait l'odeur du sang de ces monstres noirs, alors pas question de partir avant de s'être débarbouillée. Elle se frotta encore les jambes avec le chiffon crasseux qui lui tenait lieu de serviette, étalant les derniers caillots qui lui collaient encore à la peau, puis sortit des douches tranquillement. Les hurlements à l'étage du dessus s'étaient tus, signe que la séance d'interrogatoire avait dû porter ses fruits. Elle monta l'escalier sur les mains, histoire de se dérouiller, puis conclut son arrivée sur le palier avec une roue. Un entrechat l'amena aux côtés de son petit frère, devant leur prisonnier.
Ievgeni se tenait au-dessus du mutant, les bras écarlates jusqu'au coude. Ce qu'il restait de la tête du mutant pendait mollement sur le côté. "Alors Iev', tu sais où est leur camp ? lâcha-t-elle en donnant négligemment un coup de pied au cadavre.
- Vers le nord. Une heure de marche, à peu près... Y venait voir si y avait de l'eau, maugréa Iev'.
- Bin y en a plus, dit-elle en ricanant."
Quels débiles, songea-t-elle, tout ce chemin juste pour de la flotte, alors que ces vieux hôpitaux recellent des trucs beaucoup plus marrants. Elle piocha dans le tas de flacons qu'ils avaient récolté et avala une poignée de comprimés bleu et jaune tout en se rhabillant. Ievgeni restait les bras ballants, à la regarder lacer ses lanières de cuir clouté autour de ses longues jambes. "Tu peux en prendre un peu si t'en as pas encore eu, frèrot, lui dit-t-elle avec un sourire enjôleur.
- Hon, ça va, répondit le clown.
- T'en as pris sans me demander ? La voix était aussi lourde d'interrogations que de menaces.
Ievgeni ne répondit pas, mais s'éloigna un peu du tas de comprimés. Olya s'approcha nonchalamment du mutant, tournant le dos à son frère, et lui demanda :
- Et tu as pensé à lui demander combien ils sont, bien sûr ?
- Beuh...
Olya lança sa jambe gauche dans l'aine de son frère, qui broncha à peine malgré la violence du coup.
- Pauv' crétin, on fait quoi maintenant ? Si y voient pas l'éclaireur rev'nir, y vont se pointer ! Et à nous deux, on peut pas en retenir trente ! hurla-t-elle."
Elle lui balança une calotte, remplit rapidement leur sac à dos avec le butin, puis se mit en route vers la sortie. Ievgeni lui emboîta le pas, la tête basse, jouant à la marelle sur les carreaux noirs et blancs. Ils traversèrent les derniers couloirs en ruines, jusqu'aux portes principales. Olya s'arrêta, sortit la bombe de peinture qui leur restait et traça le symbole du gang devant l'entrée. " Ca les fera réfléchir, ces débiles, dit-elle en riant. Il reprirent le chemin du campement en marchant côte à côte. Au bout de quelques mètres, Olya prit le bras de Ievgéni et lui colla un baiser sur le haut du masque.
- Porte-moi mon petit frère chéri, je suis fatiguée..."