Jin-Roh : La Brigade des loups.
Un champignon nucléaire. La wehrmacht qui défile dans les rues de Tokyo. En quelques images vous venez de comprendre que l'Allemagne Nazi a gagné la seconde guerre mondiale et que pour le faire sentir, s'est retournée contre le Japon et l'a envahie. La pellicule semble usée, les photos ont jauni, et pourtant vous êtes dans un dessin animé... Telles sont les premières secondes de Jin-Roh, film d'animation japonais de 1999, produit par l'équipe du grand classique "Ghost in the shell" et réalisé par l'un des leaders de la nouvelle vague du cinéma d'animation nippon, Hitoyuki Okiura. Jin-Roh est en effet une rétrofiction, une histoire basée sur le "si", mais s'appuyant sur une logique implacablement cohérente.
...30 secondes et 15 ans plus tard; l'occupation est finie, c'est le décollage économique, avec les voitures type " trabant" et les policiers dans leurs volkswagen coccinelles grises... L'état dont on ne sait rien ou si peu, a à faire face à l'agitation populaire des laissés pour compte, et aux partis politiques interdits et dont les rares... survivants se sont groupés dans une sorte de résistance, nommée "la secte". Les blindés allemands de la seconde guerre mondiale, désarmés et repeints en bleu marine, les policiers anti-émeute ne suffisent pas à contenir toute cette agitation.. alors est créer la POSEM, police spéciale, et en son sein des unités de choc, dites "unités Panzer"...
Avec une vision tout à fait crédible des techniques allemandes de la seconde guerre mondiale, Hitoyuki Okiura, en a fait des êtres terrifiants ; casque allemand, masque à gaz dont les verres ronds, dotés d'un systême d'amplification de lumière, émettent une lueur rouge à glacer le sang, armure pare-balles et terrible mitrailleuse Mg 1942 à la hanche...
Mais voilà, la secte est bientôt totalement héradiquée, et quand commence l'action, les "Panzer" vont remplir ce qui semble être leur dernière mission... d'autant plus que l'un d'entre eux, Fusé (prononcer Fou-zé) commet une faute grave lors d'une intervention dans les égouts...
Et attention, ce ne sont que les premières minutes...
C'est doc dans des décors superbes de réalisme et de justesse historique, avec une qualité graphique exceptionnelle et que même ses détracteurs saluent, que nous suivons fusé au sein d'une intrigue dense mais cohérente, pour ne pas dire absolument implacable quand à son déroulement. A l'intrigue policière (certains disent même d'espionnage), se mèle une histoire d'amour, un rappel de la morale de la fable du petit chaperon rouge, et une réflection très profonde sur cette génération issue de la guerre et de l'occupation, qui n'a d'autre débouché que la violence, qu'elle soit d'actes ou de sentiments (et ce sous le couvert de la plus grande réserve..).
On vous le répète, c'est bô... c'est beau de qualité graphique, avec enfin des japonais qui ont des têtes.. de japonais, des décors, uniformes, objets pensés avec une recherche évidente, et surtout avec une réalisation à couper le souffle. Des plans d'anthologie, notamment lors des 2 cènes d'action du film, lesquelles sont courtes, avec peu de personnages, mais laissent le spectateur cloué sur son siège, littérallement fusillé. La réalisation a été poussée à un perfectionnisme tel, à la limite du maniaque, que les dessinateurs se sont ingéniés à rendre de façon parfaite, dans les moindres détails, y compris les bruits, les armes à feu, très présentes dans le film.... certains, amateurs, spécialistes, historiens, connaissent tel fusil d'assaut allemand fabriqué à 500 exemplaires en 1945... dans Jin-Roh, les policiers en ont, s'en servent, les démontent.. et tout est parfaitement respecté! Alors que seules une proportion infinitésimale du public s'y intéressse ou peut seulement percevoir ce travail... Et puis d'un avis unanime, la musique est superbe...
Un bijou, donc; Un travail d'orfèvre ou les pauses philosophiques ou sentimentales de l'intrigue ne servent en fait qu'à la nourrir ou à la dissimuler, ou chaque regard compte, ou les gestes peuvent être empreints d'une douceur toute enfantine, et ou pourtant la bestialité se dispute à l'animalité de certains personnges ( le petit chaperon rouge on vous dit... )
Un spectacle sur grand écran, une intrigue complexe à appréhender chez soi, une belle histoire triste... Une jolie femme qui joue dans un jardin d'enfant, un pistolet mauser C96, un exemplaire du "petit chaperon rouge" en allemand, les gerbes d'eau soulevées par l'impact des balles, comme la course d'un monstre invisible et implacable, une paire d'yeux rouges qui se détachent dans l'obscurité...
Peu de spectateurs ont détesté Jin-Roh; soit on aime, et alors vraiment, soit reste le souvenir d'un film beau, certes, mais sans plus... En fait je dirais que ce film laisse la place à la sensibilité de chacun, à condition d'être un peu ouvert aux thématiques qu'il aborde; c'est à chacun de voir ( et d'abord de le voir ! )...
En attendant les resssorties inévitables au cinéma, à l'occasion de soirée thématiques, la cassette je Jin-Roh est disponible, hélas en VF... celle-ci est pour le moins satisfaisante, mais les voix japonaises sont si belles et si en rapport avec les personnages...

En clair, Jin-Roh contient : des scènes d'action rares, ce qui renforce logiquement leur puissance et leur magnificence [...] . Des scènes de dialogue longues, complexes ou faussement anodines [...] Des décors hérités de Ghost In The Shell, toujours aussi sublimes [...] Une animation de folie pure [...] Une musique tétanisante [...] une progression dans l'émotion qui se nourrit brillamment de la complexité des relations entre les personnages principaux et des rebondissements fichtrement malins.
Jin-Roh donne des clefs, des indices. Mais les apparences y sont trompeuses, les conflits moraux obsédants, les enjeux embrouillés. Et d'ailleurs, on ne comprend pas tout. L'équilibre des forces change rapidement et le spectateur n'a pas la partie facile puisqu'il n'y a ni méchants ni gentils, ni méchants un peu gentils, ni gentils un peu méchants. Comme dans la nature, chacun se bat pour sa survie et celle de son groupe. Ici, l'humain est presque en deçà de la moralité, il est presque animal.
Magnifique critique, correspondant en tout point à l'idée que je me fait de ce splendide Anime, tiré et trouvé de : Le Repaire de Jin-Roh.
Note personnelle: 17/20
A noter qu'il est en vente en Dvd simple ou collector, dans la majorité des Fnacs ou magasin du genre.
Damned