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Du coup, il peuvent avoir des émotions et les combattre, ça ferait une petite touche de réalisme en plus...
Une phrase de temps en temps suffirait à les rendre plus..."humains"...
J'ai modifié, pas énormément, mais comme tu avais dit, "une phrase de temps en temps". Quatre ou cinq, je crois, effectivement c'était une bonne idée, j'aime bien.
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Tu peux même le prendre bien pour une fois ce n'est pas empli d'ironiemais plutot un commentaire pensif. (pour autant qu'un commentaire puisse être pensif). J'apprécie de ne pas avoir une super fin bisounours où tout le monde s'embrasse dans de franche accolade. C'est bien!
Eh bien tant mieux alors, tu m'en vois réjoui

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Bon, comme j'aime pas moi-même lire les récits post par post, et que je préfère faire ça joliment, et que comme ça, ça me permettra de repasser devant les Stormfist

, je poste ça au propre.
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Siège.............................................................................
L'opération s'annonçait bien plus ardue qu'ils ne l'avaient imaginée. Ces Elfes Noirs avaient décidément un général compétent à leur tête, même si c'était difficile à admettre. Loin de se ruer droit devant vers la Porte du Défilé, l'armée avait progressé avec précautions en laissant toujours des colonnes de patrouille chargées de protéger les arrières. Et maintenant, voilà que les plus discrets des Chasseurs Emeraudes de tout Elvindor étaient près de se faire repérer. « Et d'une manière très stupide », pensa Faëdenn, le Chasseur Furtif.
Une colonne d'Elfes Noirs avait été envoyée, et, profitant que celle-ci s'était écartée, les Chasseurs s'étaient rapprochés au maximum des Ennemis Noirs pour évaluer leur nombre, et avaient alors découvert une chose qu'ils n'attendaient pas, une chose qu'ils devaient absolument rapporter à la Porte s'ils voulaient qu'elle ait une chance de tenir.
Mais voilà que, imprévisiblement, une deuxième colonne, plus nombreuse, quittait le gros des troupes et se rapprochait dangereusement, alors que la première revenait justement, de telle manière qu'ils étaient pris entre les deux. Le général Noir devait avoir remarqué que, s'il craignait une embuscade ou un coup tordu, c'était le moment idéal. Ils seraient repérés d'une minute à l'autre, et le plus tard serait le mieux. Il ne restait plus qu'une solution pour avertir la Porte à temps.
***
Le vent sifflait aux oreilles de Slithönn et le vacarme de l'armée ennemie en marche était presque assourdissant. C'était une journée noire, à la fois au vu de la bataille acharnée qui s'annonçait et du temps qui n'avait jamais paru si sombre depuis des années ; bien que le soleil fût passé depuis peu par son zénith, on y voyait à peine comme au début du crépuscule, et l'orage qui s'annonçait pompeusement n'allait pas tarder à éclater ; on observait déjà des éclairs, plus haut dans les montagnes.
"Au moins, ce n'est pas une belle journée gaspillée par des heures de massacres", pensa Slithönn, les idées aussi sombres que le ciel. La perspective d'une bataille l'avait toujours mis d'humeur massacrante, et tant pis pour les massacrés en question. Ses pensées revenant, à la lumière d'un éclair, à l'armée ténébreuse des Druchii qui s'avançaient vers la Porte du Défilé en rangs espacés en prévision des tirs, il songea : "N'empêche que ce temps nuit à la visibilité des Tireurs et ce vent déviera leurs tirs, sans parler de la pluie qui s'annonce... enfin, elle nous gênera uniquement si l'on résiste jusqu'au début de l'orage. Heureusement que les Balistes ne se formaliseront pas de ces détails."
Sans un mot, il leva son épée, Verlame, attendit quelques secondes, puis, quand il jugea à portée le cinquième rang des Arbalétriers qui progressaient rapidement, l'abaissa d'un coup sec.
***
Le tiers de la troupe de Chasseurs s'éloigna le plus rapidement et silencieusement possible vers l'ouest. Les deux derniers tiers se positionnèrent le plus loin possible du milieu estimé du lieu de rencontre entre les deux colonnes qui se déplaçaient de sorte à couvrir la surface maximale. La réussite de ce plan désespéré reposait uniquement sur la vitesse et la discrétion du premier groupe : ceux-là devaient s'extraire de la tenaille sans se faire repérer. Bien sûr, toute la troupe aurait pu tenter le coup, ce qui aurait évité de livrer bataille, mais elle aurait été trop bruyante pour des oreilles d'elfes ; l'affrontement était inévitable, et sans ce plan ils n'auraient aucune chance de s'en sortir.
Ils les aperçurent enfin. Les premiers membres de la patrouille quittant l'Armée Noire avançaient avec précaution, scrutant les épais feuillages. Les Chasseurs seraient repérés dans quelques secondes.
« Vous avez appris à courir, c'est maintenant que cela va vous servir... », murmura Faëdenn. Il s'élança alors hors du taillis, suivi en même temps de ses compagnons et du cri d'alarme immédiat de plusieurs sentinelles Druchii. Les Chasseurs lancèrent tous d'un même mouvement un unique javelot, créant une gracieuse courbe de traits qui causèrent en un instant la mort de plusieurs membres de la patrouille, mais trop peu : les Elfes Noirs se déplaçaient très espacés.
Ils coururent alors dans la direction convenue, coururent comme jamais ils n'avaient couru, car jamais ils n'avaient dû s'en remettre à leur seule vélocité pour avoir une chance de survie. Les Elfes Noirs les talonnaient, ivres d'envies meurtrières, trop pressés de massacrer leur ennemi fuyant pour se servir de leurs arbalètes. Au même instant, la seconde patrouille, alarmée par le bruit de la poursuite, comprit la situation et imita la première. Même en comptant le tiers qui avait apparemment réussi à se faufiler hors de vue des Druchii, les Chasseurs étaient au moins deux fois inférieurs en nombre. L'espoir était bien maigre.
***
Les Balistes commencèrent aussitôt à chanter. Les rangs d'arbalétriers, à partir du cinquième, se clairsemèrent nettement, les carreaux semant la mort tels un souffle toxique et meurtrier. C'était une technique que Slithönn affectionnait : les premiers rangs, privés de ceux de derrière qui normalement les auraient poussés vers l'avant, cédaient et refluaient plus rapidement, entraînant les autres avec eux ; bien que, nécessairement, la marée incessante, par ses vagues successives, finît toujours par atteindre les murailles.
Mais cette armée d'Elfes Noirs était des plus déterminées : les premières lignes s'arrêtèrent, et, loin de se replier, reformèrent les rangs et repartirent au même rythme, avec une discipline exemplaire. Alors, les servants des Balistes, entraînés par de nombreuses batailles, s'activèrent de plus belle, et la deuxième salve de carreaux, avec un délai exceptionnellement court, parut faire douter les Druchii ; mais les exhortations menaçantes des champions et les dures sonorités des tambours et des cors de guerre enhardirent les Guerriers Noirs, qui de nouveau se reformèrent et continuèrent leur avancée.
Ce serait bientôt le tour des arcs composites des Tireurs Blancs, dont la grave symphonie avait toujours ému Slithönn, même lors des batailles les plus noires. Les Tireurs étaient positionnés sur le deuxième mur, construit de main de maître, et surtout de main stratégique : sur la première muraille, assez basse, se tenaient les combattants, tels que les Maîtres Massistes, capables de repousser les assauts brutaux et sanguinaires des Druchii, tandis que sur la deuxième, s'élevant plus haut que la première mais étant très rapprochée, pouvaient se placer les Tireurs Blancs et les Balistes : cela réduisait légèrement la portée des tirs, mais permettait aux archers la précision et le calme nécessaires ainsi qu'une meilleure protection, alors que les troupes de corps à corps encaissaient le choc de l'attaque bien plus efficacement que n'auraient pu le faire des archers.
Les Arbalétriers étaient à portée de tir des arcs composites. Une seconde fois, Slithönn éleva sa courte épée dans les airs, créant ainsi une légère traînée d'un vert scintillant : c'était une belle magie qui avait constitué cette arme. Une seconde fois, il abaissa Verlame, et une seconde fois un vol de projectiles acérés emporta la vie d'une multitude de Druchii. Les Balistes lancèrent un nouvel assaut à cet instant, et cette fois les dégâts furent même perceptibles depuis la Porte : les Elfes Noirs tombèrent par vingtaines. Mais ils ne reculèrent pas, ne ralentirent même presque pas, uniquement le temps de reformer une nouvelle fois les rangs. Quelle haine profonde et insatiable pouvait être assez puissante, assez aveuglante pour pousser ces Druchii à essuyer une telle grêle de mort sans broncher dans la seule perspective démente d'écraser des êtres pourtant si semblables à eux ?
Alors même que les Tireurs Blancs et les Balistes, ainsi que quelques Archers du Tigre, tiraient tant et plus dans l'espoir de ralentir les Arbalétriers, ces derniers s'arrêtèrent brutalement et un déferlement de carreaux vengeurs vint en réponse au flux de flèches qui s'écoulait des murs. Dans une autre situation, Slithönn aurait peut-être apprécié le spectacle de la pluie montante s'échappant de l'armée en contrebas pour venir ricocher contre les remparts.
Malheureusement, les traits furent nombreux à toucher leur cible, tant sur la première que sur la deuxième muraille. Les archers et fantassins tombèrent du haut des parois de pierre, poussant des cris de douleur et d'effroi qui ne ressemblaient en rien à la mélodie de la langue elfique. Un carreau se ficha dans le torse du Maître Massiste qui se tenait juste au côté de Slithönn, et du sang rouge bleuté s'écoula de la blessure : les carreaux étaient même empoisonnés. Le coup vida les poumons du massiste de tout leur air, et le hurlement qu'il aurait dû s'échapper de sa bouche agonisante, alors qu'il était projeté en arrière, fut inaudible. Alors, dans le cœur de Slithönn, l'incompréhension laissa la place à la détermination d'emporter autant de ceux qui souillaient sa terre et tuaient des membres de son peuple qu'il le pouvait avant de tomber à son tour.
« Tenez vos positions ! » C'était les premiers mots qu'il prononçait depuis que le capitaine des Tireurs Blancs l'avait quitté après avoir reçu les instructions. Des mots presque inutiles : ses combattants étaient à quelques exceptions près expérimentés et tiendraient, mais la voix de leur commandant leur permettait de se sentir appuyés dans l’épreuve extrême qu’ils allaient traverser.
« Attendez la première vague à l'abri des créneaux, il sera alors bien assez tôt pour observer l'ennemi arriver ! », cria-t-il au messager des Massistes qui répéta l'ordre en s'éloignant.
Une véritable horde de Corsaires munis d'échelles se détacha soudain de chaque côté des lignes ennemies pour se diriger au pas de course vers les côtés nord et sud de la Porte. Décidément, le Général Noir était capable : il avait fait le bon choix en envoyant cette unité à l'assaut des remparts : bien protégés des tirs grâce à leur cape en peau de dragons des mers, ils seraient particulièrement efficaces avec leurs deux armes pour vider la muraille de ses défenseurs ; de plus, même si les Corsaires n'étaient pas accoutumés à ce genre de combat, les abordages de navires s'y apparentaient fortement.
Slithönn parcourut l'armée qui lui faisait face pour évaluer les chances qui leur restaient : derrière les Arbalétriers, qui étaient tout de même visiblement un peu moins nombreux qu'au début de l'assaut, et au-delà des flancs où progressaient les Corsaires, se tenait dédaigneusement la Garde Noire, flanquée d'innombrables Furies et même de Chevaliers sur Sang-Froid, sans doute présomptueusement amenés pour finir le travail une fois que les portes auraient été contrôlées. Apparemment, les Elfes Noirs étaient persuadés de remporter cette bataille, alors que Slithönn, lui, ne trouvait pas la victoire des Druchii si acquise, même si elle était fort probable. Finalement, le général adverse avait un gros défaut : la prétention.
Pourtant, en observant l'Ost Noir, alors que les Corsaires atteignaient presque la Porte sous la pluie de flèches et de carreaux, sans même s'arrêter cette fois pour reformer les rangs, il trouvait que quelque chose n'allait pas ; comme un manque.
***
Les Chasseurs arrivèrent devant un épais taillis. Faëdenn songea aussitôt que ses compagnons avaient choisi celui-ci, et après un bref geste de sa main, la troupe poursuivie se divisa en deux pour contourner le fourré. Les Druchii déboulèrent derrière eux, accueillis par une volée de javelots sortis du taillis. Ils hésitèrent et s'arrêtèrent, ne sachant que penser de cette attaque alors qu'ils se sentaient en position de force, ni comment affronter cet ennemi sorti de nulle part. Un deuxième flot les percuta, en emportant encore un peu plus : les premiers Chasseurs s'étaient joints aux deuxièmes pour tirer.
Le Druchii qui semblait commander les deux patrouilles ordonna aux Ombres de se former en rangs, mais même si ces rangs étaient peu serrés, c'était un exercice peu commun pour ce genre de troupes. Faëdenn avait joué sur ces deux atouts pour élaborer ce plan : la surprise et l'incertitude ; les Ombres ne savaient pas comment réagir ni combien étaient leur ennemis. Pour l'instant, car ils ne tarderaient pas à s'apercevoir que le nombre de javelots par vague était faible ; javelots qui commençaient d'ailleurs à s'épuiser. La fin était décidément proche.
« Hivos, vas-y, dit Faëdenn à un jeune Elvindoren, robuste pour sa race. Pars, et va avertir la Porte de ce que nous avons vu. Ne proteste pas, car nous perdons du temps à chaque seconde et tu pourras ainsi sauver de nombreuses vies ; enfin, peut-être... Pars, laisse-nous, tu es trop jeune pour rejoindre les Rivages Blancs. Va, tant qu'ils ne nous ont pas encerclés. »
Il se retourna vers les ennemis qu'il ne voyait que peu, et Hivos partit en courant ; il venait sans doute de passer le cap de l'âge adulte. Quelques instants après, plus tôt que Faëdenn l'aurait imaginé, les Ombres les encerclèrent effectivement ; ils s'étaient apparemment rendus compte que leurs ennemis ne vaincraient finalement pas. « Bas les javelots, sortez les couteaux ! A présent, méritez votre trépas ! Pour Elvindor ! » Et, leurs émeraudes luisant faiblement dans l'étrange obscurité, les Chasseurs chargèrent ensemble.
***
La bataille faisait rage. Chacun des deux groupes de Corsaires avait finalement été repoussé par deux fois à force de tirs concentrés de la part des Tireurs Blancs, des Balistes et de la poignée d'Archers du Tigre. Mais ils étaient parvenus au niveau de la première muraille et les échelles, après être tombées de nombreuses fois, s'étaient inlassablement relevées et avaient, à renfort de maintes vies Druchii, réussi à s'implanter sur le rempart.
Les Maîtres Massistes avaient alors fait montre de la pleine mesure de leur talent, affrontant les Corsaires qui affluaient sur le mur, en les balayant par des gestes de grande envergure alors qu’ils montaient encore le long des échelles pour tenter de prendre pied sur le mur.
Mais les assaillants étaient toujours remplacés par de nouveaux, et par opposition chaque Elvindoren de perdu se faisait cruellement sentir. Pour l'instant, aucune portion de mur n'était débordée, mais le fragile équilibre ne tarderait pas à se rompre : soit les Elvindoren seraient repoussés, et seraient obligés de se replier, au prix d'un nombre plus grand encore de pertes, dans la seconde muraille.
Ou soit les nombreuses pertes adverses inciteraient les Druchii eux-mêmes à reculer. Car il ne fallait pas oublier les tireurs qui harcelaient sans discontinuer les troupes situées en contrebas de la Porte, troupes sans qui les assaillants du mur auraient bien moins de détermination, et troupes qui étaient partagées entre leur soif de sang et l'averse de traits, mais aussi de projectiles magiques qui les foudroyaient en continu sans qu'ils puissent réagir autrement qu'en poussant des cris de rage et de pure haine.
S'écartant quelques instants du parapet où il avait abattu tant d'ennemis qu'il en avait perdu le décompte, Slithönn jeta un œil aux quatre Enchanteurs qui s'activaient du haut du deuxième rempart. Il avait pleinement conscience que c'était un atout majeur pour eux, sans compter qu'il n'avait aperçu aucune Sorcière Elfe Noire dans les rangs ennemis, ni n'avait remarqué une quelconque intervention magique de la part des Druchii ; et il n'était pas dans l'habitude des Sorcières de se cacher dans l'Etat-major... Les Elfes Noirs, dans leur immense confiance en eux, avaient même négligé l'aspect magique de la bataille.
En conséquence, les sorts Elvindoren fusaient, et, à intervalles réguliers, des flamboiements d'un blanc immaculé surgissaient parmi les rangs ennemis, flammes purificatrices contrastant avec la noirceur des armures et des âmes Druchii. Quelquefois aussi, des ondes dorées et mouvantes partaient de l'endroit où se situaient les Enchanteurs pour aller se propager dans la masse immense d'ennemis en contrebas, et un moment après les projectiles qui continuaient sans relâche de s'abattre touchaient leurs cibles avec plus de précision, attirés par les ondes qui enserraient les Druchii. Autre point positif : les flèches et les carreaux, contrairement aux défenseurs, ne manquaient absolument pas. Les Tireurs se relayaient pour approvisionner le Second Mur en continu.
Comme aucune résistance n'était opposée à leur magie, les quatre Enchanteurs étaient prudents : l'un d'eux, Gliphadd, que Slithönn connaissait depuis maintes années, avait opté pour une autre forme de magie que la Vraie Magie, et s'occupait uniquement de maintenir un bouclier d'un bleu étincelant autour de ses compagnons et lui-même, abaissant considérablement le risque qu'ils reçoivent un carreau mal placé.
« Bien, très bien, remarqua mentalement Slithönn. Je suis entouré de combattants compétents, et encore plus de mon côté que du côté Noir. Venez, âmes impures ! Approchez, esprits du Mal ! A présent, bien que l'affrontement ne fasse que commencer, la confiance me revient... oui, je crois que nous pouvons tenir. »
Et il se jeta dans la bataille avec une ardeur renouvelée.
***
Hivos, arrivant à la lisière du bois, s'arrêta un instant pour contempler la scène qui s'offrait à ses yeux, et en profiter pour reprendre son souffle, même si son entraînement lui permettait de n'être que peu affecté par sa longue course.
A sa droite, entre la forêt dense et la Porte du Défilé, s'étendait la plaine, complètement recouverte par l'Armée Noire. D'où il se trouvait, il pouvait distinguer le mur assailli par les hordes Druchii, fourmis noires et assoiffées de sang qui escaladaient la façade brillante mais souillée par endroits de traînées rouges sombres. Des échelles se dressaient contre la paroi, portées par des Corsaires, et plus loin des Arbalétriers vomissaient un flot continu de carreaux, auquel répondait une averse de flèches et de sorts, seuls points lumineux et chaleureux dans ce paysage de froide obscurité.
Des Furies piétinaient d'impatience, autour d'un Chaudron de Sang aux dimensions cauchemardesques, aux côtés de la Garde Noire qui se différenciaient par leur superbe dédain envers ce qui se produisait à quelques centaines de mètres d'eux. Il voyait bien les Chevaliers sur Sang-Froid, mais aucun signe de... oui, il n'était que temps d'avertir la Porte. Même si, semblait-il, le Commandeur Slithönn et ses troupes se débrouillaient très bien, car il ne percevait en aucune portion de mur un quelconque signe de fuite ou de débordement. Mais s'il n'arrivait pas à temps, ça n'allait pas tarder à arriver...
Il s'élança alors, se dirigeant d'une course résolue vers les escarpements rocheux qui enserraient la Porte ; il avait déjà repéré le bas du passage qui le mènerait à l'intérieur du côté nord-est de la Porte. Il ne restait donc plus qu'à atteindre le passage sans se faire repérer, ce qui serait un jeu d'enfant étant donné la formation qu'il avait suivie, et monter le plus rapidement possible à flanc de montagne, pour annoncer au Commandeur ce que sa troupe et lui-même avaient remarqué. Et il devait également à tout prix s'efforcer de ne pas penser à ses compagnons.
***
L'orage éclata, et, alors même que la pluie commençait à marteler les armures dans un cliquetis métallique incessant, un cri d'avertissement monta du bas du mur, côté intérieur. Slithönn para la première attaque que lui portait un Corsaire, puis la deuxième aussitôt après, et enfonça Verlame dans la gorge du Druchii, à la jointure entre le casque et l'armure ; il se baissa alors qu'un deuxième Corsaire lui portait un coup de taille à la tête, lui décocha un puissant coup de pied, et alors que son adversaire basculait à bas du mur, il bondit, traversant la courtine, et fondit vers l'escalier qui menait au sol. Il regarda alors en contrebas et son c'ur s'arrêta.
C'était cela. Cela qui manquait. Comment avait-il pu être aussi imprévoyant ? Bien sûr, les Exécuteurs. Oui, bien sûr ! Et ils étaient là, à présent ; là, dans l'enceinte même de la Porte ! Comment était-ce possible ? Son regard effaré rencontra alors le petit gouffre à l'intérieur de la roche par lequel se déversaient les Exécuteurs. Le tunnel ! Ils avaient découvert le tunnel ! Non, impossible. Eh bien, apparemment, si, possible ; mais au prix de combien de meurtres et de tortures ? Oui, combien...
Là n'était pas le problème. Le fait était accompli, et Slithönn se devait de tenter à tout prix de contenir le flot d'Ennemis Noirs qui affluaient du tunnel.
« Minfeös ! lança-t-il au commandant des Massistes. Prends la moitié de tes soldats et cours au bas du mur ! Nous sommes attaqués de l'intérieur ! Oui, la moitié, confirma-t-il au Massiste incrédule, les autres vont devoir se battre de pied ferme ! Remarque, pas plus que nous, je pense, ajouta-t-il tout bas. »
Sur ce, il se jeta dans les étroits escaliers, et courut prêter main forte aux quelques Lanciers de réserve qui étaient maintenant bien plus qu'occupés, et qui avaient attendu que les Exécuteurs soient refoulés par une averse de traits avant de recevoir leur charge. Ils étaient à présent en bien mauvaise posture et commençaient à fléchir, près de céder à la panique. Il sentit cependant le courage des Elvindoren se raffermir lorsqu’il se rua entre les rangs en les exhortant à tenir. Quand il parvint aux lignes Druchii, la fureur du combat l'avait déjà emporté, ce qui était rare chez lui, et témoignait de toute la rancœur qu'il avait accumulée à l'égard des Traîtres Noirs.
Sans même sembler s'en rendre compte, il fauchait ses ennemis, parait, ripostait, plongeait Verlame dans les corps impurs pour l'en ressortir aussitôt ; il tailla à nouveau, se jeta sur un ennemi, lui porta une estocade qui transperça purement et simplement l'armure noire, puis se fraya un chemins à grands coups d'épaule dans les rangs d'Exécuteurs qu'il désirait à présent exterminer, tous autant qu'ils étaient, pour en finir avec tout ce sang qui coulait. Son style de combat méthodique s'était mué en une rage furieuse et dévastatrice, et il emportait un nombre impressionnant d'ennemis, sans se soucier des multiples entailles qui couvraient à présent son corps entier. Il eut vaguement conscience de l'arrivée des Maîtres Massistes, qui rétablissait la balance et installait le combat dans un enlisement qui promettait de durer un temps insupportable.
A cette idée, sa fureur monta encore d'un cran, et il balaya deux Exécuteurs d'un seul revers de sa lame, puis se projeta, bouclier en avant, sur un autre ennemi qui tomba en arrière à la force du choc, l'acheva d'un coup d'estoc dirigé vers sa poitrine en enfonçant son arme de tout son poids, puis arracha Verlame, provoquant un gargouillement de sang qui afflua jusque hors de l'armure ; il sauta pour éviter un coup vicieux aux jambes, et en retombant, abattit Verlame sur le crâne de son agresseur. Pendant quelques instants, il continua de déverser son flot de coups d'épée, de bouclier, de pied, de genou quelquefois, il continua de frapper, d'esquiver, de couper, de se baisser, de transpercer... Apercevant du coin de l'œil une attaque de taille au torse, il balaya la grande lame adverse d'un revers de bouclier alors même qu'il enfonçait son arme dans le flanc de l'Exécuteur imprudent. Il sentit une faible douleur dans son dos, fit décrire à son arme un arc de cercle vertical en même temps qu’il se retournait rapidement, et Verlame alla se ficher profondément dans l’épaule de l’Exécuteur qui l’avait attaqué par-derrière et qui s’effondra en hurlant. Derrière ce dernier et tout autour de Slithönn, d’autres Exécuteurs ; nombreux.
Il avait donc progressé si loin ? Sa froide rigueur commença à reprendre la place dans son esprit. Il devait trouver un moyen d'arrêter cette boucherie. Mais d'abord, s'extirper de ses ennemis. Par où ? Il avait complètement oublié d'où il était venu. Il choisit une direction, et commença à s'y avancer le plus rapidement possible, cette fois en parant et évitant les coups plus qu'en en donnant. Curieux, comme il paraissait bien plus simple de traverser des rangs serrés d'Exécuteurs en furie lorsqu'on était emporté par la rage du combat' Il aperçut les lances miroitantes, et se pressa encore plus, alors que son bouclier encaissait des dommages irréparables, et que son bras gauche commençait à faiblir. Il tua enfin trois ennemis et se retrouva entouré de ses compagnons ; un hourra s'éleva alors de plusieurs gorges, repris par d'autres, dans lequel il sembla à Slithönn qu'on prononçait son nom.
« Ah, vous êtes en vie ! s'exclama Minfeös, surgissant à ses côtés. Tous m'ont dit qu'ils craignaient que vous ne fussiez tombé...
- J'ai simplement pénétré la formation ennemie... Ai-je donc été absent si longtemps ?
- Une demi-heure, Commandeur.
- Tant que ça ? » Slithönn avait du mal à le croire. Il avait donc manqué à ses fonctions une demi-heure durant, et tous le croyaient mort ; et ses soldats avaient tenu bon ! Slithönn leur rendit mentalement grâce. Il devait se reprendre en main. « On ne se rend pas compte du temps qui s'écoule, avec cette obscurité. Quelle est la situation ? »
***
Le cœur d'Hivos se serra si fort dans sa poitrine qu'il en eut un instant le souffle coupé. C'était trop tard. Ah, il avait été trop lent' Les Exécuteurs se répandaient dans l'espace qui se trouvait entre les deux murailles. Un déluge de flèches s'abattit sur eux par deux fois, les faisant reculer, puis ils se ruèrent à nouveau sur les Lanciers, avec une ardeur plus grande encore. Hivos contemplait le combat, muet de stupeur et de honte. De quoi allait-il avoir l'air, en faisant son rapport, en annonçant que les Druchii avaient trouvé le passage sous la montagne ?
Il observa la charge furibonde d'un Elvindoren fou de rage, vif comme l'éclair, flèche d'un vert éclatant traversant les rangs ennemis avec une facilité déconcertante, emportant la vie de tous les Elfes Noirs qui s'interposaient. Cette vision le ramena à la réalité, et il dévala le peu de chemin qui lui restait à parcourir. Il sauta et atterrit sur la seconde muraille, puis chercha le capitaine des Tireurs Blancs, tout en levant les mains pour rassurer les archers qui le regardaient avec des yeux ronds. Quand il trouva le capitaine, les Tireurs Blancs avaient recommencé à tenter encore et encore de contenir leurs ennemis, et Hivos courut vers lui, puis, après les formalités d'usage, lui décrivit d'une seule traite tout ce qu'il avait fait et vu, sans toutefois lui dire ce qu'il pensait du sort de Faëdenn et ses autres compagnons. Le capitaine le déduirait seul.
***
« Assez mauvaise, Commandeur. Les pertes Druchii sont lourdes, mais nous tenons tout juste ici, et le mur sud-ouest est en train d'être débordé : certains Massistes commencent déjà à abandonner le combat, mais l’Etat-major veille à les renvoyer à leur poste, même s’ils ont de plus en plus de mal. Un messager des Chasseurs Emeraudes est arrivé, il a des nouvelles qui n'en sont plus : il était venu prévenir que les Exécuteurs avaient été vus en passant dans le souterrain... Il est arrivé quelques minutes trop tard. Apparemment, tous les Chasseurs ont péri peu de temps après son départ.
- J'irai plus tard le rencontrer. Le plus urgent est cette marée d'Exécuteurs. Nous ne tiendrons pas longtemps, et c'est déjà un miracle que les défenseurs se battent encore. Il y a tant d'ennemis... Nous devons absolument protéger l'escalier vers la deuxième muraille.
Se retournant pour regarder l'affrontement, il sentit avec horreur son dos l'élancer abominablement. Il lui semblait jusqu'alors que cette entaille n'était qu'un simple coup dur. Il étouffa sa plainte, mais Minfeös perçut son malaise soudain et porta ses yeux sur l'échine de Slithönn. Son regard s'assombrit et il dit d'une voix faible :
« Votre amure est sérieusement abîmée. Vous êtes blessé à un point qu'il ne faut pas négliger, Commandeur. Vous ne sentiez pas la lésion avant, la colonne est donc épargnée ; mais même si le coup n'est pas mortel, vous devez cesser de vous battre pour ne pas l'aggraver.
- Plus tard pour les attentions, nous sommes en guerre. Qu'en est-il du mur ?
- Si nous voulons le reprendre, dit Minfeös, subitement très formel, nous aurons besoin de presque tous les défenseurs qui sont ici. »
Presque tous les défenseurs... alors qu'il aurait justement fallu presque tous ceux du mur pour prêter main forte au sol...
L'idée surgit.
Non, trop risquée.
Mais leur restait-il une autre solution ? Slithönn n'en voyait pas. La situation en valait-elle la peine ? Sans aucun doute : si la démarche réussissait, la balance se rééquilibrerait, et ils pourraient peut-être même reprendre le mur, et causer d'autres dommages à l'Armée Noire avant de sombrer.
« Fais descendre une centaine de soldats de plus du mur, ainsi qu'au moins le même nombre de Tireurs Blancs. Cent cinquante devraient suffire.
- Mais... Voyons, bredouilla Minfeös, je viens de vous dire qu'il fallait plus de soldats sur le mur, et...
- J'ai parfaitement compris. Tu n'as pas confiance ?
- Si, bien sûr. Tout de suite, Commandeur.
Il s'évanouit rapidement dans la foule. Slithönn commença d'arpenter hâtivement la formation disparate, en ordre remarquable au vu de la situation, encourageant ses soldats à tenir et faisant passer le mot, dans les lignes les moins accaparées par les combats, qu'il faudrait bientôt donner une charge déterminante. A chaque fois, les défenseurs objectaient qu'ils étaient déjà presque débordés. A chaque fois, Slithönn leur priait d'avoir confiance. Et ses soldats avaient confiance.
Autour de lui, tout n'était que combat. Les Exécuteurs gagnaient rapidement du terrain, emportant presque autant de Massistes et de Lanciers que ces derniers qui faisaient preuve d'une détermination à toute épreuve. Sur la première muraille, des Elvindoren, morts ou vifs, dégringolaient à intervalles réguliers, et d'autres succombaient sous les coups furieux des assaillants. Seule la deuxième muraille conservait un calme relatif, qui devait à tout prix être conservé. Mais Slithönn sut qu'il ne durerait plus que quelques instants. Les Elvindoren étaient à bout.
Il s'élança alors dans l'escalier même qui ne devait pas tomber, et quelques instants plus tard, courut en direction des Enchanteurs. Gliphadd avait cessé de maintenir le bouclier céleste, et s'appliquait à ajouter son talent à celui de ses trois compagnons, notamment en faisant naître des éclairs qui paraissaient toutefois naturels dans cette atmosphère, et qui causaient des ravages dans l'armée en contrebas. Deux autres Enchanteurs avaient abandonné l'armée principale pour se concentrer sur les Exécuteurs, limitant les dégâts qu'ils causaient, et se démenaient pour envoyer de redoutables projectiles magiques. Slithönn se rendit compte qu'il aurait pu recevoir une boule de feu hurlant sur la tête lorsqu'il avait traversé, frénétique, les lignes ennemies.
Détournant la concentration de Gliphadd, il lui expliqua son idée, en prévoyant le froncement de sourcils qui s'ensuivrait indéniablement. Il s'ensuivit effectivement, mais Gliphadd ne dit rien, acceptant de l'aider dans sa tentative, et se tourna vers ses compagnons pour leur faire part du plan de Slithönn. Ce dernier, qui ne devait perdre aucun instant, s'éloigna rapidement, et, après avoir constaté que les Tireurs Blancs étaient déjà presque tous descendus au sol, s'engagea une nouvelle fois dans l'escalier de pierre blanche. Il ne comptait pas que les Tireurs soient un réel appui au niveau des pertes ennemies, mais plutôt du point de vue du nombre.
Arrivé en bas, il donna l'ordre à Minfeös, qui était revenu du premier mur, de faire retirer les soldats au contact avec les Exécuteurs pour que les troupes plus fraîches, bien que ce ne fût que relatif, qui venaient du mur, chargent devant. Quelques instants plus tard, les Exécuteurs avançaient de plus belle, croyant que leur ennemi reculait enfin, mais subirent alors un assaut de plein fouet de tous les Maîtres Massistes, Lanciers et Tireurs Blancs qui avaient pu être rassemblés ; et, comme l'avait prévu Slithönn, la violence de l'assaut les fit reculer bien plus qu'ils n'avaient avancé dernièrement.
Mais l'élan s'estompait rapidement, et l'équilibre allait très bientôt revenir, alors que les Exécuteurs s'apprêtaient de nouveau à reprendre pied à une cinquantaine de pas de l'ouverture du passage. Bon nombre avaient été obligés de rentrer de force dans le souterrain pour éviter de se faire piétiner, et même s'il restait environ cinq ou six cents ennemis à l'air libre, Slithönn était persuadé que la majorité des Exécuteurs étaient encore dans le tunnel, à essayer de sortir.
Sans perdre de temps, il dressa Verlame bien haut, et, en appelant aux pouvoirs de son arme, en fit jaillir un mince filet de lumière verte étincelante qui fusa droit dans les airs ; c'était le signal convenu avec Gliphadd. Dans le même temps, avec sa main gauche, il arracha de son cou une pierre diaphane, retenue par une mince chaînette d'or, et qui n'avait de remarquable que sa pureté absolue. Il la tenait de sa mère, qui n'en avait pas trouvé d'usage, heureusement. Mais Slithönn était sûr que cette situation était précisément le genre d'occasions pour lesquelles cette pierre avait été confectionnée. Il lança le petit objet de toutes ses forces en direction de l'ouverture dans le roc, tout en prononçant des mots de pouvoir en elfique ancien.
***
Hivos acheva son ennemi tombé à terre d'un bref coup de dague, se releva, para une attaque de son arme gauche et enfonça celle de droite dans l'armure du guerrier Noir. Aussitôt après, un Furie bondit sur lui, ses deux armes écartées, prête à les rabattre de part et d'autre de son torse. Il esquiva avec habileté, frappa le flanc de la Furie avant même qu'elle ne soit retombée, et se retourna immédiatement. Comme il l'avait prévu, un autre assaillant se précipitait déjà sur lui. Les ennemis ne manquaient absolument pas sur le premier mur, loin de là.
Après avoir fait son rapport au capitaine des Tireurs Blancs, il avait tout de suite emprunté la passerelle qui menait de la mi-hauteur du second mur au premier, car il avait largement besoin de défenseurs supplémentaires, les Furies ayant à leur tour pris part à la bataille ; on lui avait alors assigné pour tâche la défense de cette même passerelle, coûte que coûte, car c'était le seul moyen, avec l'escalier du bas, d'accéder au second mur. Heureusement, les Exécuteurs qui se battaient en contrebas, du mauvais côté du mur, n'avaient pas encore atteint le niveau des deux escadrins menant aux deux murailles ; Hivos n'osait même pas imaginer quelle serait la situation s'ils parvenaient à attaquer le premier mur eux aussi. Ce serait la fin, sans doute. Mais les Exécuteurs avançaient irrémédiablement, pas à pas.
Alors qu'il tentait une fois de plus de se débarrasser d'un Druchii, son œil fut attiré par un mouvement anormal à quelques centaines de pas de la porte. Il esquiva non sans mal le coup porté par le Corsaire, lui appliqua un coup précis à la rotule qui lui broya le genou, et profita de cet instant de répit pour examiner ce qui se passait.
Un énorme bélier progressait magistralement parmi l'essaim compact d'Âmes Noires. Sa puissante tête de manticore, faite d'un métal noir comme la forêt nocturne, reposait sur un tronc tellement colossal qu'il avait sans aucun doute été constitué de plusieurs arbres millénaires. Le tout était monté sur une gigantesque armature de fer, doublée d'un toit de texture étrange ; il était impossible à Hivos d'en indiquer le matériau, qui recelait sans doute des traces de Magie Noire, et devait résister à toutes sortes d'attaques, par les coups ou le feu. Vraiment, le général Noir était impitoyable, pensa Hivos, avant de se rappeler que c'était un Druchii, et qu'il avait probablement déjà causé la mort de plusieurs milliers d'Elvindoren : qu'attendre de plus de lui que férocité implacable ?
Il ne leur restait plus qu'à tenter de se défendre de ce nouvel assaut avec tout le courage, bien ténu, qui leur restait. D'ailleurs, comment en serait-il autrement ? Ils étaient assaillis de toutes parts, par un ennemi au moins six fois plus nombreux qu'eux, ils étaient épuisés ; en outre, chaque fois qu'ils croyaient que rien ne pouvait être pire que leur situation, un nouveau danger se déclarait, et tous avaient à l'esprit qu'à l'est et au sud, maintes places fortes étaient également prises d'assaut.
C'est alors que la montagne explosa.
***
Slithönn ne sut si ce fut la chute de la comète invoquée par les quatre enchanteurs réunis ou l'explosion du pendentif qui se produisit en premier. Quoi qu'il en soit, tous les alentours de la sortie du tunnel se nimbèrent d'un halo rougeoyant et aveuglant, alors que le sol, la montagne et la pierre ancestrale des fortifications s'ébranlaient et vibraient avec une puissance formidable, et qu'un souffle de chaleur ardente agressait tous les visages. Dans le même temps, un vacarme phénoménal se fit entendre, et l'air se mêla d'une odeur de soufre, de cendre et de chair brûlée.
Peu à peu, l’épaisse fumée se dissipa en partie. Les dégâts étaient considérables. La montagne était généreusement entamée à sa base, et le nombre de morts était stupéfiant ; Slithönn remarqua avec amertume que certains des Elvindoren qui se trouvaient aux premières lignes avaient eux aussi été emportés. Un mur de feu s’étendait le long de la paroi rocheuse, d’une muraille à l’autre. Il empêchait ainsi, si la sortie du souterrain n’était pas totalement effondrée, ce qui était fort improbable, d’autres Exécuteurs de pénétrer dans l’enceinte de la Porte, et affolait les Druchii survivants, fort peu nombreux, qui étaient à présent assaillis par devant par des Lanciers et des Massistes bouillonnant de colère, et par derrière par les flammes.
Slithönn se jeta dans la mêlée et acheva rapidement, avec ses soldats, la quarantaine d'Exécuteurs encore en état de se battre. Puis il releva la tête, et lança un regard plein de reconnaissance à Gliphadd qui l'observait du haut de la deuxième muraille. Celui-ci lui adressa un léger signe de la tête, un doux sourire aux lèvres, puis reporta sa concentration vers l'armée principale, à présent unique cible de tous les projectiles, magiques ou non.
Une puissante clameur se fit entendre, tonnant le nom de Slithönn pour la deuxième fois. Mais cette fois, tous les défenseurs qui se trouvaient au sol reprirent les acclamations en chœur, et un éclat d'admiration et de fierté brillait dans leurs yeux. Slithönn comprit qu'il devait prendre la parole : il s'agissait de raviver une nouvelle fois le courage de ceux qui étaient dès à présent des héros. Il dit simplement :
« Elvindoren, je sais que votre bravoure a été en ce jour maintes fois mise à rude épreuve. Mais cette Porte doit tenir, aussi longtemps qu'il nous restera un souffle de vie. Courons porter secours à nos camarades qui périssent sur nos murailles ! Courons balayer les Âmes Noires et les renvoyer d'où ils viennent ! Courons défendre nos familles et nos terres ! Au mur ! »
Il bondit alors en direction de ce petit escalier, pour la protection duquel ils avaient donné tant d'énergie et de sang. Sans regarder en arrière, il sut que tous le suivaient sans hésitation ; ils étaient tous épuisés, mais leur détermination était de nouveau intacte.